Sortie du 27 juin 2026 – Argoules et Valloires (Somme)

Le samedi 27 juin 2026, nous nous rendons, en co-voiturage, à Argoules (80120) le matin et à labbaye de Valloires l’après-midi. Nous sommes en alerte canicule ; des averses sont annoncées dans la matinée, mais elles n’auront finalement pas lieu, et c’est un grand soleil qui nous accompagne toute la journée.

L’accueil café permet aux 20 inscrits de se retrouver autour d’une boisson et d’une viennoiserie, la mairie d’Argoules nous ayant ouvert la salle des fêtes. Nous remercions particulièrement Madame Valérie Priez, conseillère municipale, notre interlocutrice. Nous rencontrons également François Ducandas de l’association Alteia et Dominique Lœillet.

Argoules est une commune picarde du Ponthieu située sur le bord de l’Authie, à la limite du Pas-de-Calais qui comptait 322 argoulois(es) en 2023. Elle fait partie des 48 communes ayant obtenu la labellisation « Pays d’Art et d’Histoire du Ponthieu-Marquenterre ».

La place d’Argoules est entourée du château, de l’église Saint Germain, du « Gros Tilleul », monument historique végétal classé depuis 1934 et labellisé « arbre remarquable » en 2016. C’est également un patrimoine très riche avec l’Abbaye cistercienne de Valloires et ses jardins qui s’étalent sur une superficie de 8 hectares, créés en 1989 par Gilles Clément, paysagiste de renommée internationale.

Nous commençons par visiter l’église Saint-Germain :

Elle a été construite à la fin du XVe siècle, en pierre calcaire blanche du pays, avec soubassement de silex. D’une grande sobriété architecturale, son plan est rectangulaire et comprend la nef, sans bas-côtés, et le chœur, plus étroit qui se termine en chevet plat. Il n’y a pas de transept. Un gros clocher carré avec toit en flèche couvert d’ardoises a été construit au-dessus de la dernière travée de la nef juste avant le chœur.

Le chœur date de la fin du XIVe siècle ; la nef a été construite au cours du 15e siècle et les vitraux sont des réalisations des XVe et XVIe siècles.

L’église conserve une magnifique verrière du XVIe siècle (fenêtre du chevet) représentant la Transfiguration, classée monument historique, au titre d’objet depuis le 25 mai 1907.

L’église comporte neuf fenêtres, trois de chaque côté de la nef et trois dans le chœur.

Certaines ne comportent plus que des verres incolores.

D’autres n’ont conservé que des morceaux anciens dans les trèfles des lancettes et les soufflets du tympan.

Les deux autres fenêtres du chœur ont reçu, en 1891 et 1892, des vitraux modernes. On peut lire « Souvenir de la 1ère communion de Mlle Suzanne de l’Etoille, 16 juin 1892 ». Ce vitrail a été exécuté au Mesnil Saint Firmin, dans les ateliers de Latteux-Bazin. Le vitrail de droite n’existe plus.

L’écusson armorial de Jourdain de l’Etoille : « D’azur au daim d’or passant d’argent, accompagné à dextre d’un arbre d’or et au canton senestre du chef, d’une étoile aussi d’or » est visible sur un vitrail (A noter que le verrier a représenté un cerf et non un daim).

L’église comporte également :

  • Plusieurs statues du XVe siècle : Christ en croix avec tétramorphe, Sainte Barbe et Sainte Catherine, la Vierge à l’Enfant assise ;
  • Des fonts baptismaux en marbre et groupe sculpté représentant sainte Anne et la Vierge à l’Enfant du XVIe siècle ;
  • Trois tableaux du XVIIIe siècle représentant : Les Noces de Cana, La Crucifixion, Le Christ aux anges.

Nous passons de l’église au château. Nous remercions Madame de Maricourt, une des propriétaires, qui nous a autorisé à déambuler dans le parc et nous a permis d’admirer le château côté jardins.

Le château est inscrit aux Monuments Historiques par arrêté du 23 septembre 2009.

Il est édifié en brique et pierre avec un corps de logis flanqué de quatre tourelles d’angle octogonales. Daté du XVIe siècle, il est restauré au XIXe siècle dans le style néo-gothique.

Une aile en prolongement a été édifiée en pierre calcaire au cours du XVIIIe siècle.

La seigneurie d’Argoules appartenait aux XIIe et XIIIe siècles à la famille d’Argoules, elle passa le siècle suivant à la famille de Cambron, au XVe à la famille Blondel puis au siècle suivant à la famille Bensérade.

Louis de Bensérade, écuyer, fils de Jeanne Blondel et de Paul de Bensérade, fut seigneur d’Argoules, Rieux et Dominois jusqu’en 1535 (il fit construire le château d’Argoules après son mariage en 1524).

En 1621, la seigneurie d’Argoules fut vendue et passa à d’autres familles.

Les Godart le conservèrent jusqu’en 1807, date à laquelle la terre d’Argoules fut transmise par mariage aux Jourdain de l’Etoille qui en restèrent propriétaires jusqu’au début du XXème siècle.

En sortant du château nous pouvons admirer le gros tilleul.

Un monument naturel classé comme tel depuis le 8 janvier 1934, et qui aujourd’hui se voit titré d’arbre remarquable par l’association « ARBRES » en charge de la labellisation des arbres remarquables de France dédiée aux arbres les plus spectaculaires de France par leur forme, leur taille, leur histoire ou leur légende, leur âge…

En 2018, le « Gros Tilleul » mesure treize mètres de haut pour plus de cinq mètres de circonférence, mais son âge laisse planer un mystère puisqu’en première hypothèse le gros tilleul serait un arbre de Sully planté sous le règne d’Henri IV, il aurait donc environ quatre cents ans ; l’autre hypothèse est que cet arbre serait l’arbre dit « de la Liberté », planté sous la révolution française en 1792 ou 1793, ce qui le rajeunirait de deux cent vingt ans.

Dans la nuit de 15 au 16 octobre 1987, une forte tempête l’a littéralement décapité. Il ne subsistait plus qu’un tronc de 7 mètres de haut avec deux branches latérales. Malheureusement, le tronc était creux. Il fut envisagé de transformer l’arbre en sculpture ou en table d’orientation mais la commune a préféré le garder l’arbre.

Nous longeons le château puis l’église pour revenir vers le parking.

Autrefois, le cimetière du village entourait l’église et a été transféré à partir de 1911. Quelques monuments subsistent : la chapelle funéraire de la famille Jourdain de l’Etoille et, vers la route, une stèle avec les plaques funéraires des membres de la famille Rougeat de Préaux, décédés entre 1847 et 1890.

La chapelle funéraire Jourdain de l’Étoille-Godard, derrière l’église.

Construction de brique et d’ardoise, elle date du Second Empire. L’année 186?, peut-être 1861, est indiquée sur la clé de la fenêtre principale en plein cintre d’inspiration romane. Cette fenêtre fait face à la porte d’entrée de la chapelle, sous laquelle a été disposé un autel. Elle accueille une verrière représentant une Vierge à l’Enfant ouvrant les bras. Les ouvertures latérales, de forme polygonale, sont plus petites et en simple verre blanc.

Est accolée à cette chapelle une construction secondaire de base carrée moins haute et plus étroite, à la toiture indépendante donnant accès (via un trou, une simple échelle et une rampe de métal) à la crypte sous la chapelle.

L’ensemble est particulièrement dégradé. La façade principale, exécutée en pierre, a été traitée avec soin. La porte en métal peint est trouée en son centre d’une croix enjolivée. Au-dessus de la porte, un fronton à rinceaux semble se poser sur un oculus hors de proportion.

Il est déjà 11h45 et nous reprenons nos véhicules pour aller déjeuner.

Nous passons devant l’ancien cinéma et le presbytère.

Sur la route de l’abbaye, sur la gauche, une grange en brique accueillait un cinéma d’une centaine de places. Il fut créé par l’abbé Papillon dans les années 1930 et projetait des films pour un public qui venait des villages avoisinants. L’organisation et même un service de bus étaient gérés par l’abbaye de Valloires. Le cinéma dût fermer dans les années 1970, pour des raisons de conformité.

Un peu plus loin, toujours sur la gauche, se trouve l’ancien presbytère. L’abbé Lévêque, décédé en 1947, est le dernier prêtre d’Argoules à l’avoir habité. Ce bâtiment a servi pour les cours de catéchisme et les patronages. L’étage servait de logement pour des salariés de l’abbaye. Propriété de la commune, l’habitation a été vendue en 1968 à l’abbaye. En 2013, elle est devenue une résidence privée.

Toujours sur le chemin menant à l’abbaye de Valloires, se trouve, sur notre gauche, la Chapelle Notre-Dame-du-Bon-secours.

C’est en 1869, comme indiqué sur le fronton (MDCCCLXIX) qu’elle fût construite, probablement sur les fondations d’une chapelle plus ancienne édifiée vers 1836 par la communauté des Basiliens installée à l’abbaye de Valloires dès 1817.

Son inauguration eut lieu le 9 avril 1870. Jusqu’aux années 1950, des messes mariales y étaient célébrées, en particulier le 15 août, suivies d’une procession à la Vierge.

Dans un style néogothique, de forme octogonale, la chapelle est en silex et pierre blanche de pays. Sept grandes baies en ogive allègent la structure et mettent en lumière un autel surmonté d’une vierge à l’enfant couronnée.

Les vitraux représentent des scènes de vie de la Vierge Marie : l’annonciation, la Nativité, la présentation de Jésus au Temple, l’Assomption … Ils proviennent de dons de riches particuliers de la région, de l’abbé Jacques Florimont Duvauchelle, curé d’Argoules (1805-1878) et des paroissiens.

En 2026, la toiture a été refaite et les vitraux sont en cours de restauration. L’entrée n’y est plus autorisée.

Notre déjeuner se déroule à l’auberge des étangs de Roussent, dans le Pas-de-Calais, dans une salle légèrement climatisée et dans une ambiance conviviale :

Kir cassis et sa mise en bouche – Aumonière de poisson – Suprême de volaille sauce maroilles – Frites et légumes – Assiette gourmandise dessert – Cafe meringues – Vin blanc vin rouge eau plate eau gazeuse.

A 14h00, nous reprenons les véhicules pour nous diriger vers l’abbaye de Valloires où nous sommes attendus pour une visite guidée des jardins jusqu’à 16h00 suivie d’une visite guidée de l’abbatiale jusqu’à 17h00.

Il fait vraiment très chaud, 30°C à l’ombre, et notre guide essaie de nous regrouper dans les zones ombragées.

Nous découvrons les jardins, conçus par le paysagiste Gilles Clément, qui ont été ouverts au public en 1989.

Classé Jardin remarquable, cet espace recèle des trésors avec ses cinq jardins d’ambiance et plus de 5000 espèces réparties sur 8 ha. Selon les saisons et les moments de la journée, il offre des sensations et des vues différentes laissant une grande part à la surprise et à la découverte. Paysage en perpétuel mouvement les Jardins de Valloires réinventent en permanence le rapport à la nature.

Nous traversons des jardins à la française, des jardins anglais, le jardin de l’évolution, la roseraie, …

Après 1h30 de balade dans les jardins, une autre guide nous accueille à l’entrée de l’abbatiale. L’extérieur présente un aspect austère caractéristique du style néo-classique de la seconde moitié du XVIIIe siècle ; il rappelle la sobriété cistercienne du Moyen Âge.

Sous les arcades du cloître, elle nous présente l’histoire de l’abbaye, de sa fondation en 1138, aux pillages durant la guerre de Cent Ans à partir de 1346, ainsi qu’à ceux des XVIe et XVIIe siècles.

L’abbatiale du XIIIe siècle qui avait été conservée s’effondra en 1738 et il fallut construire une nouvelle église.

En 1741 débutèrent les travaux, sur les ordres de dom Comeau, prieur de l’abbaye de 1732 à 1767 et de monseigneur d’Orléans de La Motte, évêque d’Amiens et abbé commendataire, représentés sur des tableaux, dans le grand salon.

La décoration intérieure fut confiée au sculpteur autrichien Simon Pfaff de Pfaffenhoffen et au ferronnier d’art Jean-Baptiste Veyren dit « Vivarais ».

Le 5 septembre 1756, la nouvelle église fut consacrée et un poirier fut planté.

En 1907, sauvée par l’action de Roger Rodière, archéologue et historien, du journaliste André Hallays et du notaire de Rue, maître Gosselin, elle fut classée Monument Historique et resta sans affectation jusqu’en 1915.

De 1915 à 1919, elle fut convertie en hôpital militaire belge ; environ 4500 soldats y passèrent en remontant du front pour être soignés.

En 1922, Thérèse Papillon, infirmière-major pendant la Grande Guerre y fonda un préventorium pour lutter contre la tuberculose. L’établissement accueillit jusqu’à trois cents enfants et fonctionna jusqu’en 1974.

Elle créa, par la même occasion l’association de Valloires, association loi de 1901, reconnue d’utilité publique en 1925 et toujours propriétaire de l’abbaye et des jardins.

En 1964, Thérèse Papillon créa dans l’ancienne grange de l’abbaye un foyer d’accueil pour jeunes et adultes, transformé en 1991 en maison d’accueil temporaire pour personnes âgées.

A la fin de ce préventorium, en 1976, l’association poursuivit l’œuvre de Thérèse Papillon, en y créant une Maison d’Enfants à Caractère Social, un Institut Thérapeutique Educatif et Pédagogique, un Accueil Temporaire pour les Personnes âgées, ainsi que le Service des Activités Culturelles et Hôtelières.

Nous poursuivons la visite par le grand salon, à l’étage, garni de lambris sculptés réalisés par Pfaffenhofen. Deux tableaux attribués à Joseph François Parrocel, l’un représente Mgr d’Orléans de la Motte, abbé commendataire de Valloires et évêque d’Amiens, l’autre représente dom Comeau, prieur de l’abbaye.

Nous entrons dans l’abbatiale qui nous semble petite mais magnifiquement décorée par Simon Pfaff de Pfaffenhoffen.

Nous prenons place dans le transept. Face à nous se trouvent les gisants du XIVe siècle de Simon de Dammartin et de son épouse Marie de Ponthieu décédés respectivement en 1239 et 1251. On doit également à Pfaff les statues en bois de Moïse, Aaron, Pierre et Paul et en marbre de Saint-Bernard dont le visage est celui de Dom Comeau prieur de l’Abbaye de Valloires et de Saint-Martin sous les traits de l’évêque d’Amiens, abbé de Valloires, Gabriel d’Orléans de la Motte.

Sur notre gauche, le chœur est orné de lambris et de stalles sculptées, en style rocaille (Louis XV).

Le maître-autel en marbre noir décoré de deux anges en plomb doré est surmonté d’une suspension eucharistique en fer forgé en forme de palmier œuvre de Jean Veyren.

La chapelle de la Vierge est située derrière le maître-autel, dans l’abside. Au plafond une morille est suspendue rappelant la légende de la fondation de l’abbaye.

Sur notre droite, séparant la nef du reste de l’édifice, des grilles du chœur dites « à double lecture », c’est-à-dire dorée des deux côtés, chef-d’œuvre de ferronnerie sont l’œuvre de Jean Veyren. En fer forgé avec une grosse poire qui apparaît dans la partie supérieure, emblème de l’abbaye. Le confessionnal et la chaire sont l’œuvre de Pfaff.

Le buffet d’orgues sculpté a demandé 15 ans de travail.

Les orgues furent installées dans le splendide buffet majestueux en chêne et en tilleul décoré de personnages et d’instruments de musique sculptés par Pffaf de Pfaffenhofen de 1750 à 1756. Les frères basiliens qui occupaient l’abbaye dans la première moitié du XIXe siècle reconstruisirent l’instrument en 1845. Celui-ci est classé monument historique au titre d’objet depuis 1987 et en 1993, Théo Haerpfer le restaura, dans sa disposition de 1845. Le buffet et la console d’origine ont été conservés, la tuyauterie date en grande partie du XIXe siècle mais il subsiste quatre jeux du XVIIIe siècle.

Vers 17h30, nous clôturons cette journée par un pot de l’amitié avant de reprendre la route.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier :

  • Monsieur Claude Patte, Maire d’Argoules,
  • Madame Valérie Priez, adjointe au maire d’Argoules,
  • Monsieur François Ducandas, de l’association Alteia,
  • Madame Dominique Lœillet.