Sortie du 22 avril 2026 – Productions textiles (Site Cosserat : Bleu de Cocagne et C.I.T.) – Amiens (Somme)

Le tissage, une invention de nos ancêtres du néolithique.

Les traces de l’activité de tissage mises à jour par les archéologues aident à reconstituer les instruments utilisés pour produire les premiers tissus environ 6000 ans avant J.C : pesons, peignes, etc. retrouvés dans des espaces correspondant à des maisons d’habitation.

Des pièces d’étoffes trouvées dans d’anciennes cités lacustres de Suisse, d’Allemagne et de France, datent du néolithique, période où Homo Sapiens se fixe, construit un habitat, complète son alimentation (chasse et cueillette) par la culture de céréales et la domestication d’animaux (chèvres, mouflons) dont il va utiliser la toison pour confectionner des fils qu’il pourra tisser.

Après un café d’accueil, notre visite en cette belle journée ensoleillée va donc être consacrée à la période allant du XIXe au XXIe siècle, évoquant un épanouissement puis une disparition avec Cosserat et une renaissance avec l’entreprise CIT Dessaint. Nous regretterons l’impossibilité de visiter, sur le même site, la manufacture Bonvallet qui continue à produire une activité textile d’exception.

Le conservatoire du textile

Monsieur Yves Benoit, longtemps spécialisé dans l’apprêt et la teinture de tissus, nous sert de guide pour la visite du Conservatoire du textile, cette mémoire de l’industrie du velours d’Amiens, d’ameublement ou côtelé. A la suite de la succession Dewas, et pressentant la disparition de l’industrie Cosserat, M. Yves Benoit fonde en 1997 avec d’autres confrères l’association « Bleu de Cocagne », ayant pour objet de continuer à faire vivre le savoir-faire des Amiénois dans le domaine de l’industrie textile. Il commence à réunir du matériel provenant d’anciennes usines. Forte de 15 bénévoles, l’association d’abord située au moulin passe-avant, s’installe en 2007 sur le site Cosserat. Elle fait appel au mécénat privé complété modestement par les visites et ventes de documents ou objets.

Monsieur Benoit débute son propos par un rappel sur le velours : ce tissu qui se distingue des autres étoffes par sa surface couverte de boucles ou de poils dressés au-dessus d’une croisure de fond. Les velours sont des tissus formés de deux chaînes, une chaîne pièce servant à produire la croisure de fond, et une chaîne spéciale, dite chaîne poil, réservée à la formation de la surface velue. Pour les velours côtelés utilisés dans l’habillement, le savoir-faire des Amiénois résidait dans la coupe des fils de poil. Un travail de grande précision et de patience lorsque la technique était manuelle. La mécanisation vint progressivement soulager la main d’œuvre de ce travail répétitif, demandant beaucoup de précision.

Cette industrie a été développée par Pierre Cosserat qui, en 1794, a ouvert son atelier de négoce de « velours d’Utrecht », puis de confection de velours lisse de coton. Cette histoire nous a été présentée, l’après-midi, par Monsieur Dessaint.

Le tissage, quant à lui, a été perfectionné par le système DEWAS qui élimine le couple navette et cannette dont la faible capacité en fil de trame oblige à de fréquents arrêts. Nous voyons une machine DEWAS à pinces et un métier PICANOL système DEWAS où la pince est mue par une bande synthétique flexible. Ce système est encore utilisé actuellement dans la plupart des ateliers de tissage dans le monde. Lors de la visite du showroom, avant le repas, nous avons pu voir un métier vertical DEWAS installé jadis dans la demeure de l’inventeur, métier où la gravité meut la pince.

La coupe du velours est présentée selon plusieurs modes.

A l’origine, la « coupe au fleuret » est assurée par des coupeurs à domicile (200 sur Ferrières et Allonville). Les pièces sont ramassées régulièrement par des transporteurs. Le banc de coupe réalisé pour le spectacle d’Ailly-sur-Noye est utilisé par la secrétaire du PPP qui pousse le fleuret sur toute la longueur du banc sans dévier ni trouer l’étoffe. Mais que de soins pour une seule raie !

La mécanisation avec une machine qui fait défiler la pièce de 100 m dont le début est cousu avec la fin permet de couper une raie pour toute la pièce grâce à un bras porte-fleuret. Mais le défilement s’arrête à la couture. Il faut ensuite replacer le fleuret dans la raie adjacente. Une ouvrière peut surveiller 2 machines.

Une troisième innovation est la couture de la pièce avec décalage d’une raie. Cette couture, à la machine à coudre PFAFF modifiée et adaptée par un employé de Cosserat, permet au fleuret d’ouvrir la première raie puis à la couture d’entrer dans la seconde raie et ainsi de suite sur toutes les raies de la pièce (« coupe en continu en spirale »). Une ouvrière peut surveiller 6 machines.

Un autre mode de coupe intervient pour les velours à grosses côtes : il s’agit de la « coupe à la molette » qui utilise des pièces de tissu de 500 m de long au moins. Toutes les raies sont coupées en même temps. Nous pouvons voir à côté l’affuteuse à molette de chez Cosserat fabriquée là encore par les opérateurs de l’entreprise. (Il faut garder les secrets).

La duveteuse gratteuse fournit un aspect plus agréable sur l’envers de la pièce de velours en tirant les fibres. Puis la brosseuse travaille en diagonale à 45° le velours. Une machine à tondre le velours, à lame hélicoïdale, dont l’affutage doit être très précis, remplace les forces du Moyen Age.

M. Benoit commente, à cette occasion, le luddisme ce conflit qui, dans l’Angleterre des années 1811-1812, a opposé des artisans — tondeurs et tricoteurs sur métiers à bras du West Riding, du Lancashire du sud, d’une partie du Leicestershire et du Derbyshire — aux employeurs et aux manufacturiers qui favorisaient l’emploi de machines (métiers à tisser notamment) dans le travail de la laine et du coton. Les membres de ce mouvement clandestin, appelés luddites ou luddistes, sont considérés comme des « briseurs de machines ».

M. Benoit rappelle le fragment de vitrail de la cathédrale d’Amiens consacré au textile et qui est une des plus anciennes iconographies ayant trait au travail du textile, ce qui faisait la renommée de la région. Les vitraux du bas à droite, ou vitraux des tisserands datent du XIIIe siècle. On arrive à y deviner un métier à tisser, préparation des fils de trame comme de chaine, dans la baie voisine (chapelle sainte Theudosie).

Nous pouvons voir aussi un bac à bains en bois utilisé pour la teinture du tissu, ainsi que des rouleaux pour impression sur velours, puis le métier à tisser circulaire, de chez Saint Frères, qui permet la fabrication des sacs en toile de jute puis en propylène, sans couture latérale. Il utilise 4 navettes en forme de banane. M. Benoit nous montre aussi des planches de bois pour impression manuelle des tissus utilisée au XVIIIe siècle. Ensuite Bonvallet a utilisé la plaque de cuivre d’un format plus grand (55 cm x 100 cm), puis des rouleaux en cuivre gravés en creux (1775).

Enfin, nous nous trouvons devant la machine pour impression sur toile de Jouy. La machine pour impression de toile fabriquée en 1938 vient de Tournon (Rhône). Le remontage a été permis par un film des opérations du démontage et par la récupération des plans. Le sol de la pièce a dû être préparé pour l’accueillir. Il a fallu 20 000 heures pour remonter et remettre en état la machine qui imprime à partir d’un rouleau de 300 kg gravé à la main. Mais il faut ensuite fixer le motif, laver et sécher la toile qui en sort, en autoclave (opérations réalisées chez Bonvallet).

Le motif imprimé représente « le ballon de Gonesse ». Le rouleau est gravé au burin à 0,25mm puis chromé. La gravure au burin courbe cintré nécessite 12 mois de travail par un professionnel. La mandrineuse du début du XXe siècle pousse le mandrin à 300 bars et développe 90 tonnes.

La toile de Jouy est une étoffe de coton dite « indienne » sur laquelle sont représentés des personnages avec des décors ou des paysages. Les dessins sont le plus souvent monochromes, rouge ou violet (aubergine) sur fond écru ou bistre mais peuvent se décliner dans d’autres coloris, rose, bleu clair ou marine, vert clair ou foncé voire beige ou gris.

À l’origine, ce type de toile fut créé dans les ateliers de la manufacture Oberkampf fondée en 1760 par Christophe-Philippe Oberkampf dans la commune de Jouy-en-Josas (Yvelines). L’emplacement fut choisi en raison de la présence de la Bièvre et de ses qualités propices au lavage des toiles. Cette manufacture devint rapidement l’une des plus importantes indienneries du XVIIIe siècle et a laissé son nom dans l’histoire de l’art décoratif.

Ce que l’on appelle aujourd’hui toile de Jouy n’est en fait qu’une petite partie des productions de la manufacture. Oberkampf produisait également des tissus polychromes dont les décors, témoins des goûts du temps, étaient somptueux. Le terme de toile de Jouy n’est pas la marque déposée d’un produit uniquement fabriqué à Jouy-en-Josas. Même du temps d’Oberkampf, d’autres manufactures, comme celle de Mulhouse, produisirent des tissus identiques et le terme est devenu en quelque sorte un nom générique.

La technique utilisée pour l’impression était, dans un premier temps, l’application sur les toiles de coton prétraitées de planches de bois gravées et enduites de teinture. Dix ans plus tard, en 1770, les planches de bois furent remplacées par des plaques de cuivre flexibles, ce qui a permis de les disposer sur des tambours cylindriques et ainsi d’augmenter la production en la mécanisant. La fabrication de cylindres en cuivre pour impression de toiles « de Jouy » fut l’activité de la fonderie « Thiébaut et Fils » pour laquelle une mention honorable fut obtenue en 1823. Les toiles étaient étendues dans les prairies autour de la manufacture, plusieurs fois selon l’avancement de la production, après le lavage des toiles dans la Bièvre, puis après l’application des produits de fixation, enfin après la teinture.

A l’issue de la visite, nous nous dirigeons vers le showroom, où M. Benoit nous montre des échantillons de velours imprimés à la plaque de cuivre et divers essais d’impression de toile de Jouy de couleur différente.

Nous remercions M. Yves Benoit pour cette visite très intéressante et nous nous dirigeons vers la Filature où le groupe déjeune ce midi avant de se rendre au CIT-Dessaint.

Le repas

En entrée un Œuf cocotte est suivi par un Rougail de riz créole bien épicé puis une Tarte fine.

Le CIT-Dessaint

L’après-midi, nous sommes accueillis par Monsieur Philippe Dessaint qui brosse un très bref historique de son entreprise avant de nous présenter ses productions actuelles :

Fabrication de lingerie et de chemiserie de 1911 à 1992, de grandes séries jusqu’en 1992.

Depuis la fin des années 1980, confection de maillots pour les équipes de hockey, football américain, roller hockey, athlétisme…en collaboration avec des athlètes de haut niveau, fabrication de petites séries personnalisées, impression de tissus et confection.

En 1990, un moment décisif, le décor raté (par un concurrent) des maillots de hockey sur glace à reprendre en urgence.

D’où le choix de travailler en sérigraphie puis en impression par sublimation.

L’impression par sublimation

Le principe est de travailler avec le client pour la demande et le rendu souhaité. Les tissus de polyester sont en largeur de 1,60m au maximum. Le client intervient pour l’élaboration -informatique- du motif qui est ensuite imprimé par traceur et sur un papier spécifique, à partir des couleurs élaborées en Suisse : magenta, cyan, jaune et noir auxquelles s’ajoutent le jaune fluo, le rose fluo, le bleu et l’orange. Il y a 3 passages de l’encre sur le papier. Ensuite on fait passer le papier au contact du textile à 200°C. L’encre déposée sur le papier est sublimée (passage du solide au gaz) et quitte le papier pour entrer sur les fibres du polyester qui s’ouvrent avec la température. Ce dépôt est interne à la fibre et ne se sent pas au toucher. Chaque année 100 000 m de tissu sont imprimés.

L’entreprise qui continue à travailler pour le sport, s’est aussi positionnée sur le domaine du spectacle en produisant des tissus colorés pour le music-hall, les parcs d’attraction, les salles d’opéras, les spectacles vivants : mousseline pour les robes au Moulin Rouge, drapeaux olympiques pour la cérémonie d’ouverture des JO 2024 à Paris, tee-shirts pour les athlètes handicapés lors de la cérémonie d’ouverture, auvent rayé pour le Puy du Fou.

L’entreprise compte 25 salariés dont 5 maitrisent les techniques d’impression des couleurs.

L’impression DTF (direct to film)

L’impression par sérigraphie se pratique encore (l’entreprise en fait depuis 40 ans). Le motif est imprimé en quadrichromie avec un fond blanc sur film spécifique avec des encres pigmentaires. Puis une couche de colle thermofusible est déposée sur l’encre humide. Le film est séché et transféré sur le textile avec une presse à chaud à 160°C pendant 15 secondes (procédé DTF).

La confection

Dans l’atelier une employée découpe un matelas de 20 à 30 épaisseurs de polyester correspondant à des maillots de sport avec un couteau électrique. Nous pouvons remarquer qu’elle porte un gant métallique de protection. Les postes d’assemblage comportent deux machines une piqueuse et une surjeteuse. Nous pouvons également voir 4 machines à broder en action.

Nous quittons l’atelier et rejoignons M. Dessaint dans le hall où il a réalisé une exposition sur les toiles imprimées et l’entreprise Cosserat.

Les tissus imprimés

Tout d’abord il faut rappeler l’interdiction en 1686, faite par Louis XIV de fabriquer et porter des « toiles peintes aux Indes ou contrefaites dans le royaume » à la demande des tisserands de Lyon. La fabrication et le commerce des cotonnades colorées sont dès lors proscrits : on fait fermer les indienneries et on menace les importateurs frauduleux de les envoyer aux galères. En 1697, un nouveau texte permet même de réprimer le port d’indiennes. On fait se déshabiller les femmes – qui constituent la grande majorité des contrevenantes – surprises avec des tissus interdits et on brûle les robes saisies dans les rues. Des amendes sont également prévues.

Mais la vogue des indiennes résiste à la prohibition. Avec elle se développe la contrebande… et les fabriques de cotonnades imprimées aux marges du royaume. C’est par exemple le cas à Genève où plusieurs indienneries sont fondées par un petit groupe de huguenots, qui ont fui la France après la révocation de l’édit de Nantes en 1685.

« Un petit nombre de marchands, distributeurs des étoffes des Indes, sont eux seuls l’unique cause du goût dépravé que les femmes de la Cour et de la Ville ont pour ces sortes d’étoffes […] et par là ils favorisent le grand commerce que les Anglais et les Hollandais font de ces sortes d’étoffes », dénonçait ainsi un soyeux lyonnais de la fin du XVIIe siècle.

Au début du XVIIIe siècle, une manufacture à Orange pouvait imprimer des indiennes mais ne pouvait pas les vendre.

Bonvallet s’installe à Grandvilliers puis Eramecourt et commence à fabriquer des indiennes. Dénoncé il vient à Amiens pour créer en 1755, dans le quartier Saint-Maurice, une nouvelle manufacture (qui deviendra « manufacture d’étoffes fleuries »).

Finalement, après plusieurs décennies de fraude et l’essor de l’industrie textile aux frontières, l’importation des cotonnades blanches ou peintes est de nouveau autorisée en 1755, moyennant une taxe de 15 %, et quatre ans plus tard, la prohibition étant totalement levée, des manufactures légales se créent un peu partout dans le royaume. L’une des plus florissantes, après Bonvallet, est fondée dès 1760 par Christophe-Philippe Oberkampf à Jouy-en-Josas.

Bonvallet travaille d’abord à la planche de bois dont nous pouvons voir quelques exemples, ainsi que 2 planches Duplessis (qui permettaient d’utiliser deux couleurs). La réputation de Bonvallet était telle qu’on venait se former chez lui pour imprimer les indiennes.

Les planches étaient en bois sculpté ou bien le motif était réalisé dans le bois avec des morceaux de laiton ou bien les motifs étaient moulés.

Ces planches ont ensuite été remplacées par des planches en laiton puis par des rouleaux. Elles servaient encore au XIXe siècle dans les usines à Mulhouse pour la confection de châles.

La lithographie utilise une pierre calcaire qui est encrée là où l’on a dessiné. Le tissu peut être imprimé à partir d’une lithographie.

Après avoir présenté les procédés d’impression sur tissu, M. Dessaint relate l’histoire de l’entreprise Cosserat.

Quelques éléments sur l’entreprise Cosserat

En 1789, Amiens se situe au 7e rang des villes françaises. Elle compte 5000 métiers à tisser battants en ville, accueille des nouveautés avec Bonvallet puis avec Pierre Cosserat qui installe son magasin en 1794 et voudrait travailler le lin.

En 1832, à la mort de son père Pierre, Eugène Cosserat reprend l’entreprise pour créer des unités de tissage d’étoffes de soie et de laine avec des métiers Jacquard. Il est également l’un des premiers amiénois à s’équiper d’une machine à vapeur. En 1837, il travaille le lin avec 300 ouvriers, à Saleux dans la filature qu’il a rachetée. Avec l’aide de Sir John Maberly il réussit à importer en fraude et à remonter des métiers venus d’Angleterre et recrute des Irlandaises pour former les ouvriers français à ces métiers.

Il achète le terrain du parc du château des évêques à Montières pour s’y installer. Il crée une salle de tissage en 1860 avec 300 métiers.

C’est un des fondateurs avec Edouard Gand, de la Société Industrielle d’Amiens rattachée à la Chambre de Commerce.

A son tour, Oscar, fils d’Eugène, prend la relève. Il diversifie la production en fabriquant, en plus du velours côtelé, du velours lisse pour l’ameublement et l’habillement, dont seuls les Anglais maîtrisaient la technique industrielle. Avec son fils Pierre, Oscar achète des brevets à Manchester en 1891. Ils construisent une salle de 500 métiers à tisser, alimentés par l’une des plus grandes machines à vapeur d’Europe (1000 CV) et installent des salles de coupe du velours à l’étage. Le décor de cette autre « Cathédrale » était de fleurs de lys, puis les murs furent blanchis en 1931 à la suite d’un incendie. Deux générateurs électriques sont ajoutés en 1931 et ont servi à approvisionner la ville en courant électrique en 1940 à la suite de l’occupation de la ville en partie détruite. La salle est classée.

A la fin du XIXe siècle, l’entreprise compte 1000 salariés et est toujours à la pointe du progrès, selon Jules Verne qui la visite et apprécie le rôle social d’Oscar Cosserat. Les salariés bénéficient en effet de bons salaires, d’une coopérative indépendante dont les bénéfices sont reversés à chacun en fin d’année, d’une caisse d’épargne, d’une caisse de secours, d’une caisse de retraite et d’un service de cautionnement. Mais la grève de 1893 met fin aux différentes caisses.

Les salariés doivent porter des blouses de couleur propre à chaque atelier et ne doivent pas se promener dans l’usine qu’ils ne connaissent pas dans toute son étendue. Le service d’entretien du matériel veille sur les machines qu’il cherche toujours à améliorer et auxquelles ils apportent des innovations en secret.

Les locaux de l’usine de Montières sont bénis par l’évêque lors d’une procession en 1891 et 3 statues de la Vierge sont placées dans l’entreprise.

Oscar Cosserat contribue aussi à la construction des églises Saint-Rémi, Saint-Roch d’Amiens, à celle de Saleux et installe un orphelinat pour 30 jeunes filles à Saleux ainsi qu’une salle de classe pour les enfants des salariés. Il fait construire une maison pour les sœurs de la Charité à Amiens, au faubourg de Hem ainsi qu’un patronage pour les garçons et une école de garçons (école Saint-Jean).

Le patronage de garçons accueille 25 blessés au cours de la Première Guerre mondiale.

Deux baraquements apportés par les américains lors du premier conflit sont installés dans l’usine.

Les 8 chaudières à charbon sont signées « Veillet-Lescure », fabricant à Amiens.

Un Monument aux morts, œuvre des frères Ansart est installé dans la cour de l’usine. Y figurent les employés morts pour la France, dont Jean Cosserat, ancien élève à la Providence, brillant, sergent au 72e RI tué aux Eparges en 1915, et dont le corps n’a jamais été retrouvé. Un cénotaphe est aussi installé au cimetière de la Madeleine et une plaque comportant les noms de 40 salariés morts lors de la Première Guerre mondiale est installée à Saleux.

Les religieuses sont aidées jusqu’en 1953, date où débutent les ventes de parcelles de l’entreprise.

La vente de l’entreprise au groupe Boussac date de 1965.

Confrontée à partir des années 1970-80 à la concurrence industrielle internationale, l’entreprise Cosserat se trouve en difficulté et doit déposer son bilan. Reprise en 2004 par le groupe allemand Cord et Velveton, elle ferme définitivement ses portes en 2012, mettant un point final à l’industrie du velours d’Amiens, après plus de deux siècles de gloire.

Un gardien reste en place jusqu’en 2015 et empêche le vandalisme. Depuis les pièces en plomb, zinc, des toitures et chéneaux ont été volées.

En 2017 une étude concernant des sites industriels d’Europe (1 en Ecosse, 1 en Italie et Cosserat en France) envisageait de classer le site pouvant ainsi servir lieu d’étude et permettant de le classer au Patrimoine Mondial. Mais l’inaction locale a laissé le site se dégrader rendant ainsi impossible son classement :

Le site a été vendu en 3 parts : une part à CIT-Dessaint, une part centrale à un promoteur actuellement en difficulté, une part (anciens bâtiments administratifs, maison du directeur et manufacture de toile à l’entreprise Bonvallet). Les garages et le conservatoire appartiennent à la ville d’Amiens. Ce démantèlement ne permet plus dès lors le classement du site.

Les bâtiments de la fin du XIXe siècle et du début XXe siècle présentent une unité dans leur construction. Ils sont l’œuvre de Paul Pérouse de Montclos.

Après cette visite passionnante et très riche nous prenons congé de Monsieur Dessaint que nous remercions.

De retour au parking nous nous séparons après un verre de jus de fruit et une collation.


REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier :

  • Monsieur Yves Benoit, Président de l’Association « Bleu de Cocagne », ainsi que son épouse,
  • Monsieur Philippe Dessaint, directeur de l’entreprise CIT Dessaint, qui guide les visites.