Par une fin de nuit de pleine lune, sous un magnifique ciel étoilé, l’autocar nous emmène à Verberie. Arrivés sur place avant l’ouverture du café pour le petit déjeuner, nous nous dirigeons vers l’église. Non prévue au programme, elle présente cependant un certain intérêt.
VERBERIE
L’église Saint-Pierre était autrefois la chapelle Saint-Pierre-Saint-Paul du palais reconstruit par Charlemagne. En partie détruit lors des invasions normandes, puis réparé, modifié, le palais disparaîtra sous François Ier.

Le bras sud du transept, fin XIIème siècle, est la partie la plus ancienne de l’église. Beaucoup plus élevé que le reste de l’église, il était connu sous le nom de Chapelle Charlemagne.
Au début du XIVème siècle, était fondée la chapelle de la Vierge pour le repos de Jeanne de France, épouse de Philippe le Bel, c’est l’actuel bras nord du transept, très remanié au XVIème siècle.
Dès la seconde moitié du XVème siècle, une reconstruction partielle est nécessaire après la chute du clocher en 1333, l’incendie du château et de la chapelle en 1359, et l’attaque des Anglais en 1439. Le « revoûtement » des parties les plus anciennes, l’édification de la nef et celle du clocher, ouvrage sévère et tronqué, aménagé en tour de guet en partie haute, ont alors été réalisés. Sous la corniche, les modillons en forme de têtes expressives nous regardent défiler d’un air goguenard, forts de leur grand âge. Un peu plus bas, un cordon à moulure à décor de « fleur de violette » longe le mur en contournant les fenêtres hautes. Le portail montre une belle composition de style gothique flamboyant. Enfin, surmontant une petite porte latérale, un très beau support de statue représentant trois têtes humaines est de toute beauté.
SAINTINES
Après un copieux petit déjeuner au café « Le Cappy », nous partons pour Saintines découvrir le Donjon. Celui-ci est, en fait, une tour-porte, rare vestige de l’ancienne enceinte qui protégeait le château médiéval. La première résidence fut construite par Thibaut Ier, comte de Senlis, fils de Raoul Ier de Crépy, chevalier de Béthisy à qui il fut octroyé Saintines au XIème siècle.
Place forte de la Guerre de 100 ans, le château et le donjon furent pratiquement détruits. Au XVème siècle, la famille Devaux reconstruisit le donjon sous sa forme actuelle et le nouveau château à l’écart de celui-ci. Grosse tour carrée couronnée de mâchicoulis, le donjon porte les traces d’un ancien pont-levis. A sa porte d’entrée, un arc surbaissé provient probablement du donjon médiéval. Elle ouvre sur une haute salle voûtée d’ogives appelée salle d’armes. A la Révolution, Saintines, qui appartenait à la famille Forbin-Janson, devient bien national. Plus tard, cette famille récupère son bien et crée l’îlot, sur lequel se trouve le donjon, en détournant le cours de la rivière Automne. Laissé à l’abandon au début du XXème siècle, témoin des deux guerres mondiales, il est inscrit à l’Inventaire des Monuments Historiques. Jusqu’en 1990, le donjon appartenait à la SEITA puis, en 1993, devient la propriété de la famille Lamorlette, actuelle propriétaire.


Ensuite, Monsieur le Maire nous fait l’honneur d’un apéritif dans les locaux de la Mairie où une belle exposition montre les diverses activités exercées par la SEITA (société d’exploitation industrielle des tabacs et des allumettes).

VERRINES
Le retard pris dans le déroulement de la matinée ne nous permet pas d’assister à onze heures à la repose du coq sur la flèche du clocher de l’église Sainte-Marguerite à Glaignes. Donc, nous prenons la route pour le restaurant « Le Relais du Valois », à Crépy-en-Valois. Puis, satisfaits du repas, nous partons pour Verrines.
L’église Saint-Rieul fait l’objet de fouilles et de restauration. Un cimetière partiellement à l’abandon avoisine l’église reconstruite en 1541.

Le chœur date de cette époque et la modeste nef de 1757. De chevet plat, le chœur comporte trois travées, la première introduisait à deux chapelles formant comme des croisillons dont seule celle du nord s’est conservée. La présence d’une niche à décor de coquille Saint-Jacques et les fenêtres en plein cintre indiquent une date de construction plus tardive que celle du chœur, bien que prévue dès l’origine. La fenêtre du chevet conserve un beau vitrail représentant une Crucifixion, contemporain de l’édifice. Des traces de peintures murales des XVIIème et XVIIIème siècles apparaissent sur le mur nord. Une croisée d’ogives représentant un agneau est remarquable ainsi qu’un pendant.

FEIGNEUX
L’autocar nous emmène ensuite à l’église Saint-Martin de Feigneux.

La façade occidentale de la nef, partie la plus ancienne, remonte au 1er quart du XIIème siècle. Les trois voûtes de la nef datent de 1641. Le sanctuaire primitif a été complètement démoli à la fin du XIIème siècle et remplacé par le chœur gothique actuel.
Avant la fin de la Guerre de Cent ans, l’église fut agrandie par l’adjonction d’un croisillon et d’un bas-côté du flanc nord. La première travée de ce bas-côté est la base du clocher. Environ un siècle plus tard, un croisillon et un bas-côté furent ajoutés au sud. En 1646, le clocher fut exhaussé par la construction d’une chambre de guet avec cheminée qui, malheureusement, nuit à l’esthétique de la tour. Cette église est connue pour représenter l’une des rares églises fortifiées de la région.

De belles statues y sont conservées, entre autres :
– Saint-Fiacre, patron des jardiniers : la bêche et un livre sont perdus et il manque la main gauche ; cette statue est réalisée en bois polychromé.
– Sainte Marie-Madeleine tient un pot contenant une huile précieuse. En bois polychromé, classée, elle date du XVIème siècle.
– Un ensemble de deux putti en terre cuite du XVIIIème siècle, bien que mutilés – deux bras et un avant-bras manquent ainsi qu’une partie des ailes – ce duo est remarquable ; l’œuvre est inscrite depuis septembre 2005.
Le chauffeur doit prendre une heure de repos en respect du règlement de conduite. Certains en ont profité pour visiter le bâtiment de la pompe à incendie et la prison.


– Le Bâtiment de la pompe à incendie date de 1853.
A partir de XIIIème siècle, le village picard est confronté à l’incendie. Longtemps, les secours sont dérisoires : à l’appel du tocsin, des chaînes humaines plus ou moins ordonnées se forment depuis la mare : des seaux passent de mains en mains. Mais l’impuissance est totale lorsque l’été a séché la mare ou que l’hiver a changé l’eau en glace. Au XVIIème siècle, les progrès des arts mécaniques permettent l’apparition des pompes manœuvrées à bras mais dont seules quelques grosses villes peuvent s’équiper. L’administration révolutionnaire édicte en août 1790 une loi dont l’esprit est appelé à perdurer : elle confie aux maires « le soin de prévenir par des précautions convenables, et celui de faire cesser, par des secours nécessaires, les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies… ». Il faudra plus de cent ans pour que le chaume des toits disparaisse. L’essor des compagnies de pompiers est tout aussi lent jusqu’à ce que, à la moitié du XIXème, leur création soit plus nettement encouragée ; une souscription volontaire des habitants permet à Feigneux d’avoir sa compagnie en 1853. Le groupe est dissous en 1958. (d’après Daniel Gibert, 2007).



– « Le Poste » : La prison de Feigneux.
La mendicité connaît dans l’Oise au cours du XIXème siècle une lente régression. Des plaques posées en 1874 aux entrées des villages ou sur la façade des mairies rappellent en permanence son interdiction dans tout le département. Elle est cependant tolérée si toutefois le mendiant est connu : on lui donne parfois un permis de circuler, exceptionnellement une plaque qu’il accroche sur son vêtement. Les maires et les gardes-champêtres ont pour mission de les contrôler. Mais il faut s’assurer de la personne de l’errant interpelé, le temps de prévenir les gendarmes et que ceux-ci arrivent. On l’enferme donc dans le poste, appelé aussi corps de garde ou tout simplement prison. L’administration les nomme pudiquement asiles communaux. Le 29 juin 1944, la prison de Feigneux sert de funérarium, abritant les corps de sept aviateurs des armées alliées dont le bombardier est tombé avant l’aube près de Morcourt (hameau de Feigneux) au retour d’une opération. Le village les inhumera le lendemain dans le cimetière. (d’après Daniel Gibert 2008).

Puis, nous prenons la route du retour, la tête bourdonnante des belles découvertes de la journée.
REMERCIEMENTS
M. Thibault Legendre, architecte DPLG
Mmes et MM. les maires et conseillers municipaux des communes de Saintines, Glaignes, Verrines-Néry et Feigneux
M. Lamorlette et Mme Lamorlette
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