Par cette journée ensoleillée, nous avons visité le prieuré de Moreaucourt et le Château Blanc de Flixecourt.
Pour les retrouvailles après une longue période d’inactivité forcée, un accueil café et pâtisserie a été prévu à l’entrée du site du Prieuré le long du mur d’enceinte.
A cette occasion, nous avons été rejoints par M. Sébastien SIREAU, guide conférencier de la communauté Val de Nièvre & Somme, qui s’intéresse à l’histoire de l’Abbaye de Fontevraud (colloque) et a effectué des recherches sur l’histoire du Château Blanc de Flixecourt. Ses nombreuses informations et anecdotes nous ont tenus en haleine toute la journée.
LE PRIEURE DE MOREAUCOURT
Lieu-dit entre l’Étoile (église Saint Jacques) et Flixecourt (église Saint Léger), le site de Moreaucourt a accueilli un établissement romain puis mérovingien (sarcophages mérovingiens découverts en 1820 par Jourdain de Prouville sur le versant sud descendant la vallée de la Nièvre, de l’autre côté de la route à hauteur du Prieuré).
A l’époque Carolingienne, l’Étoile comme Flixecourt étaient vassaux de l’abbaye de Saint Riquier. Aléaume d’Amiens fonda le prieuré en 1146, tout comme le prieuré paroissial de Flixecourt, qui dépendait de l’Abbaye Saint Lucien de Beauvais (une source de conflit avec l’évêque d’Amiens).
En 1177 une bulle du pape Alexandre III précise que le prieuré est sous l’autorité de l’Abbaye de Fontevraud. La prieure de Moreaucourt est donc la représentante de Fontevraud, alors une des plus puissantes abbayes d’Europe et qui accueillit des femmes d’illustre famille.

L’abbaye des dames de Berteaucourt, proche était placée sous l’autorité du Roi de France, ce qui fut une source de conflit entre l’Abbaye de Fontevraud et le Roi de France.
En 1182 le prieuré de Canaples – fondé par Gérard de Picquigny – fut donné à Moreaucourt par l’Évêque d’Amiens, décision contestée par les dames de Berteaucourt. L’affaire remonta au Pape qui trancha en faveur de Moreaucourt. Ceci représentait 100 ha (Canaples et sa ferme).
Il y eut d’ailleurs 16 actions en justice au sujet du prieuré de Moreaucourt entre le XIIe siècle et le XVe siècle.
Au sortir de la guerre de Cent Ans, des seigneurs picards, dont celui de Picquigny, s’allièrent au Duc de Bourgogne qui possédait la région.
En 1595 les dames de Moreaucourt transportèrent leurs archives à Doullens ; la ville fut prise par les Espagnols peu après et les archives brûlèrent ou furent dérobées : les documents des possessions, biens et revenus de l’Abbaye, de même que sa description, sont donc perdus.
En 1628 l’abbesse de Fontevraud, Jeanne Baptiste de Bourbon, fille d’Henri IV, fut reçue à Moreaucourt.
Au milieu du XVIIe siècle, le prieuré fut abandonné pendant les guerres Franco-Espagnoles. Après 1628 les religieuses se replièrent à Amiens, rue des Rabuissons (actuelle rue de la république).
Les vestiges de Moreaucourt ont été classés en 1926 et redécouverts en 1966. Des études y ont été réalisées sous la direction de Gérard Cahon, enseignant d’art plastique de l’École La Salle.
La protection des vestiges date de 1970 (tôles recouvertes de roseaux).
L’association gestionnaire céda la parcelle à la commune de l’Étoile au début des années 2000.
Description
Les plans de Moreaucourt ont été établis par les moines et architectes de Fontevraud. Le prieuré s’étendait sur 4 ha.
Le prieuré a ouvert en 1165. L’établissement était double (règle de Fontevraud) : un prieuré masculin avec quelques hommes et un prieuré féminin, la prieure exerçant l’autorité sur les deux établissements. 10 religieuses assuraient la direction du prieuré, qui comptait 20 à 30 sœurs tant âgées que novices, 10 frères, une école et un accueil des pèlerins.
Robert d’Arbrissel a ajouté 39 articles à la règle de Saint Benoît, articles destinés au règlement des difficultés des deux communautés rassemblées (féminine et masculine). Ainsi, les membres de la communauté devaient garder le silence en tout lieu, ne devaient avoir de voile qu’en toile, ne pouvaient avoir de fourrures et de pelisses que d’agneau, et ne devaient – à l’exception de l’abbesse et de la prieure – sortir qu’accompagnées d’au moins un religieux et un séculier.
Note : la prieure était souvent une femme qui avait connu le monde et savait tenir une maison.
Dans la filiation avec l’Abbaye de Fontevraud, l’architecture semble jouer un rôle important.
Des études des prieurés du diocèse de Poitiers (aire de Fontevraud) indiquent des cloîtres de 29 m de côté (plan type). Le cloître de Moreaucourt est plus grand (33 m sur 31 m) et manifeste la volonté de donner à ce prieuré (loin de la maison mère) une grande importance. Les jardins actuels en dessinent les plans. Le mur de clôture se délabre.
A l’entrée Ouest de l’église, ont été restaurés un portail roman avec arc en plein cintre retombant sur deux colonnes qui comportent des chapiteaux sculptés et la griffe de Fontevraud. Un narthex devait précéder cette entrée, pour les visiteurs qui pénétraient par la ferme, entrée de l’Abbaye. A côté se trouvait probablement un clocher du XIIIe siècle et un parloir.



L’église présente un rapport longueur/largeur inhabituel de 45 m sur 7,70 m. La moitié de la nef était réservée aux invités lors des cérémonies (vœux). Le chœur possédait des stalles de chaque côté et un jubé. Le passage de l’église au dortoir est rappelé au sol.
Il ne reste que la chapelle attenante à l’église et la tour : église et bâtiments conventuels ont été démontés au XVIIe siècle et les matériaux récupérés pour l’établissement à Amiens.
Attenante au sanctuaire se trouve une salle de 7 mètres sur 7 avec un pilier central. Y sont encore visibles un cul de lampe et un départ de voûte en croisée d’ogive. Un bloc de grès maçonné au sol à gauche est un possible armarium (manuscrits) ; un escalier devait mener à une niche. Cette salle servait probablement de vestiaire aux sœurs – qui devaient selon la règle revêtir un vêtement noir avant de se rendre à l’office – et devait également servir de scriptorium. Une fenêtre du XVe siècle (gothique flamboyant) a été remontée pour illustration.


La chapelle attenante comprend une croix en fer forgé. Les nervures de la voûte entrent dans le pilier et signent une architecture de la fin du XVe siècle.

A côté du scriptorium et de sa chapelle, la salle capitulaire (fin XVe siècle) de 56 m² pouvait admettre 50 personnes et possédait une claire-voie permettant à davantage de personnes d’entendre les délibérations. On y lisait et priait.

Le cloître comprenait une galerie couverte et des contreforts (en 1455 l’abbaye mère envoie un prêtre – dont le compte rendu de visite est versé aux archives – qui signale un cloître pour partie couvert de chaume et de tuiles).
Le bassin des ablutions a été ici retrouvé dans un angle. Actuellement un tilleul planté à la fin des années 1970 en occupe le centre ; son développement remarquable trahit un réseau d’eau parcourant le cloître en diagonale.

Dans le réfectoire (arasé) , on peut situer l’âtre et sa cheminée. De même taille que l’église, ce réfectoire permettait aux moniales de prendre leur repas alignées le long du mur, assises sur des bancs, sans vis-à-vis comme l’exige la règle. La présence de plusieurs étages de celliers en dessous est probable, mais aucune fouille archéologique n’a été réalisée à ce jour.
Les cuisines attenantes ont évolué du XIIe au XVe siècle. Elles ont été réduites et reconstruites ailleurs. A la suite de Gérard Cahon, Benoît Clavel a dirigé des fouilles vers 1985.
Le niveau des salles des cuisines est à 1,50 m sous le niveau du sable remis après les fouilles. Mais le ou les celliers n’ont pas été repérés. Une butte témoin donne le niveau du réfectoire soit 1,50 mètre au-dessus du sol actuel.

Du colombier du XVIIe siècle, seule la base subsiste.
Le moulin (plan de Pinsard) était accompagné d’un bief (le niveau original marqué par des ardoises est à 1,50 mètres en dessous du niveau actuel).

Des viviers étaient implantés dans les près inondables situés en face de l’abbaye, à proximité de la Nièvre, dont le bon débit alimentait aussi le bief.
Revenus
Le sel est mentionné dans les cartulaires : en 1190, le comte de Ponthieu alloue 13 muids de sel envoyé de Rue à la Saint Jean-Baptiste, soit le 24 juin, pour encaquer le poisson.
L’abbaye a reçu des dons en vignes à Clermont de l’Oise, qui représentaient environ 1500 litres de vin par an.
L’abbaye disposait du droit de pêche sur la Nièvre pour les anguilles (droit affermé). Les seigneurs de Picquigny, Long et Fontaine-sur-Somme devaient donner chacun 1000 anguilles par an qui étaient fumées et mises en tonneau. En 1327 Jeanne de Dammartin (fille du comte de Ponthieu) épousa le roi d’Espagne ; sans doute éduquée à Moreaucourt, elle fit donner à la communauté 5000 harengs par an à prendre en charge à Waben (actuellement Conchil-le-Temple). L’ichtyologie a permis de recenser le brochet et la carpe mangés et fumés, de même que l’anguille et le hareng.
La fabrication de cervoise est établie à la fin du XIVème siècle.
Quatre fermes – notamment à Ville-le-Marclet et Canaples – totalisent plus de 500 ha qui rapportaient du grain, moulu par les dames de Moreaucourt, auquel s’ajoutaient les muids de grains donnés à la communauté. On ignore les lieux de stockage (cf. note sur les celliers).
Evolution
Une aquarelle d’Oswald Macqueron donne une vue du XIXe siècle (1860) des ruines bien moins délabrées que maintenant. Une autre gravure du début XVIe siècle montre la façade avec une fenêtre sur Saint Léger de Flixecourt ; cette façade s’est écroulée en 1970.
A défaut de reconstruction, des actions de sauvegarde de l’existant (couverture des pans de murs) ont été menées. Un projet d’accueil dans la salle du chapitre avec images et objets provenant des fouilles est à l’étude.
REPAS
Mis en appétit par cette visite, nous avons pris notre repas au restaurant « l’atelier du 22 », situé rue CLEMENCEAU à Flixecourt.

LE CHATEAU BLANC DE FLIXECOURT
Flixecourt compte 5 châteaux dont 3 édifiés par la famille Saint :
- le château rouge construit par l’architecte Deleforterie élevé en 1860 à proximité de la maternité
- le château de la Navette route de l’Étoile, en brique et pierre, actuellement inhabité, érigé en 1880
- le château blanc, qui y accueille actuellement 70 résidents pour l’ADAPEI, et dont Monsieur SIREAU a rédigé une histoire.
Un peu d’histoire du groupe Saint
Au XIXe siècle, la fabrication de toile et de sac en jute était stimulée par l’essor de la production agricole et industrielle. L’avènement de la navigation à vapeur et du chemin de fer développa le commerce mondial. La fibre de jute, produite aux Indes britanniques, était bon marché et réputée pour sa solidité. La durée des trajets fut réduite et la matière première fut acheminée en France par les ports de Boulogne-sur-Mer et Dunkerque via le canal de Suez. La production britannique était meilleur marché que les autres productions, et alors dominante.
Les frères Saint relevèrent le défi de la concurrence étrangère. La famille était originaire de Beauval, à une vingtaine de kilomètres au nord d’Amiens, où en 1810 trois frères, Pierre-François l’aîné, Jean-Baptiste et Pierre-François, exerçaient la profession de tisserands.
En 1814, ils s’associèrent pour fabriquer des toiles d’emballage. Pierre-François l’aîné organisa la fabrication des toiles à Beauval, son frère Jean-Baptiste et ses gendres s’installèrent à Rouen en 1828, pour en faire commerce. Le troisième frère, fut chargé à Amiens de l’achat des matières premières, lin et étoupes ainsi que de la vente des toiles. Plusieurs centaines de tisserands travaillaient pour eux. Leur réussite les incita à ouvrir, en 1838, un commerce de toiles, à Paris, dans le quartier des Halles.
En 1857, les frères Saint installèrent leur première usine de tissage de toile de jute dans le département de la Somme, à Flixecourt. En 1861, ils acquirent l’usine d’Harondel à Berteaucourt-les-Dames, puis la filature de Saint-Ouen en 1864. En 1864, les frères Saint créèrent une société en nom collectif qui se transforma en société anonyme, en 1924.
Saint Frères n’hésita pas entre 1865 et 1888 à faire construire un chemin de fer industriel pour relier ses usines à la ligne Amiens-Boulogne-sur-Mer. Le négoce devint l’activité principale et le chiffre d’affaires des trois établissements de vente atteignit un million de francs.
Les frères Saint possédaient, fin XIXe siècle, 4 usines de 1500 ouvriers chacune. L’entreprise Saint fut renforcée par la solidarité familiale et les mariages entre cousins et cousines qui resserrèrent les liens familiaux et permirent l’accumulation de capitaux.
La direction commerciale se trouvait 34 rue du Louvre à Paris, près des Halles, acquis en 1896, lieu du siège social de l’entreprise et d’une maison de vente. Un autre immeuble se situait à Rouen, place de la Pucelle face à l’hôtel de Bourgtheroulde. Ces deux immeubles existent toujours. La production (toiles de jute, sacs, cordages, toiles) se faisait à Flixecourt.
À partir de 1845, les frères Saint produisirent des sacs en toile de jute. L’entreprise mit au point un métier à tisser la toile de jute, un produit nouveau dans l’Europe de cette époque et réputé pour sa robustesse. A la fin du XIXe siècle, la France n’était qu’au quatrième rang mondial pour la production de jute derrière le Royaume-Uni, les Indes et l’Allemagne.
L’entreprise Saint Frères pour lutter contre la concurrence misa sur la diversification de sa production premièrement liée à la toilerie, activité pionnière de l’entreprise. Etaient fabriquées des toiles d’emballage ordinaire, des toiles doublées imperméables, des toiles gommées, goudronnées, des toiles à bâches en lin et chanvre, des toiles de stores, du velours de jute pour tentures, rideaux, tapis etc., ainsi que de la corderie.
Au cours du XIXe siècle et jusqu’aux années 1920, l’entreprise Saint Frères ne cessa de s’étendre et de diversifier sa production. Sa capacité de production était telle qu’elle devint le n°1 de l’industrie du jute en France. Entre 1894 et 1917, Saint Frère représentait 30 % de la production française contre 8 et 7 % à ses premiers concurrents qu’étaient Weil à Dunkerque et Carmichaël à Ailly-sur-Somme.
Dans les treize usines Saint fonctionnaient 2 900 métiers à tisser, 9 000 ouvriers étaient employés dans ce qui était alors la première entreprise industrielle du département. La société travaillait pour l’État en fournissant toiles, bâches, cordages aux ministères de la guerre et de la marine, pour les compagnies de chemins de fer (Nord, PLM, Midi), les entreprises minières du Nord et de Belgique, la Compagnie générale transatlantique ; Saint-Gobain et Les Salins du Midi lui achetaient des millions de sacs. La production Saint Frères était également exportée en Italie, en Espagne et au Portugal.
Les difficultés apparurent pendant l’Entre-deux-guerres. Alors qu’en 1928-1929 Saint Frères affichait de très bons résultats, le cours des actions à la bourse de Paris atteignit son plus haut en 1928; le cours le plus bas fut atteint en 1936. Malgré une innovation technologique – le métier à tisser circulaire – qui fit baisser le coût de production, Saint Frères entama un inexorable déclin.
La crise économique les conduisit alors à licencier massivement des ouvriers, en exigeant qu’ils restituent le logement de fonction mis à leur disposition. C’est le drame de toute une partie de cette classe ouvrière qui perd alors son emploi et son logement d’un même coup.
L’entreprise resta compétitive jusqu’à la fin des années 1950, époque où les fibres en polymère s’imposèrent pour la fabrication des emballages rendant les toiles de jute obsolètes.
Le château
Charles Saint (1826-1881), cumulant la direction de la maison de vente de Paris et la direction des établissements de production, fut le véritable chef de la société Saint Frères. À la mort de son frère Jean-Baptiste en 1881, il possédait avec son frère cadet François-Xavier 86 % du capital de la société et percevait 60 % des bénéfices. Ce fut un véritable capitaine d’industrie qui développa considérablement l’entreprise.
Jean Baptiste Saint, a eu 7 enfants, dont deux fils : Henri, qui mourut en 1907, et Pierre, qui le remplaça. Henri Saint s’est marié à sa cousine Alice Saint, née en 1858 à Rouen, fille de Jules Abel Saint et qui apporta 250.000 franc-or de dot. La valeur de l’entreprise Saint Frères dans les années 1890 a été estimée à 60 millions de franc-or.
Pierre Saint (1868-1943) fut l’un des principaux dirigeants de la société de la Belle Époque à la Seconde Guerre mondiale. Parmi les unions des descendants, on trouve un membre de la famille Six de Roubaix, la fille d’un directeur des Mines de Lens, un notaire de Reims, la fille du roi du sucre en Argentine, un membre de la famille Allart de Tourcoing.
Le château blanc, œuvre de l’architecte Charles Bourgeois, est érigé en 1912 à la demande d’Alice Saint sur le territoire du « bout de ville », attribué à Flixecourt depuis la Révolution. Il fut construit face au premier atelier de 1857, dans un style néo-classique de la fin du XVIIIe siècle. Charles Bourgeois savait reproduire les styles du passé et proposa soit un style « art nouveau » soit un style conforme au protestantisme néerlandais. Le choix de cet architecte par Alice peut s’expliquer par la réalisation d’un travail à Paris 39 rue de la Fédération pour un membre de la famille Saint.

La façade montre un œil de bœuf à rubans et guirlandes de fleurs (néo XVIIIe siècle), qui serait une demande d’Alice. Au-dessus de l’entrée, une tête barbue se trouve au premier étage. La façade est en pierre de taille au rez-de-chaussée et en briques aux étages. Des pots à feux au premier étage pourraient rappeler, aux ouvriers travaillant en face, le souvenir du mari d’Alice décédé. La signature de l’architecte figure à droite de l’entrée sur rue.



Une photo de 1919 montre Alice et ses 21 petits enfants devant la porte d’entrée. On pénètre de la rue dans le Hall à l’anglaise, sans vestibule. On remarque le parement, les corniches et les fleurs au-dessus des entrées, les colonnes et le plafond à caissons. La chambre d’Alice est en bas (à gauche de l’entrée). A cette époque, il y a des pièces pour les enfants pris en charge par des nurses anglaises. L’hiver, Alice vit à Rouen et l’été elle reçoit ses enfants au château blanc. Des prêtres venus de Rouen assurent l’encadrement.
Le château présente un étage et un niveau sous combles. L’escalier possède une grille en fer forgé façon XVIIIe siècle, les vitraux décorent la façade nord et sont de verre peint et vitrifiés à la cuisson. Le maître Verrier serait Haussaire établi à Lille et à Paris, mort en 1912 (l’atelier a été repris par Larder).



Au second, les vitraux « Art Nouveau » (style alors adopté par la classe moyenne) ont été restaurés par les ateliers Claude Barre, sans indication du maître verrier (Ventillard ?). Il s’agit là d’une cuisson couleur par couleur avec des températures différenciées. Sont représentées deux rives qui s’opposent, à droite roses trémières, à gauche exotisme (oiseaux, libellules). La brume est représentée sur le plan d’eau central (tendance 1900). Cette pièce, dont on ignore l’usage, regarde vers le Nord (vers le château rouge). La tendance décorative est celle de Maurice DENIS.


Le château à travers les conflits
La 4ème armée britannique a reculé en mars 1918 (offensive allemande de printemps) et s’établit à Flixecourt (plaque conservée indiquant en anglais la direction du mess des officiers.

Une photo du 3 août 1918 au château blanc montre Foch, commandant en chef des alliés, Haig, le roi Georges V et Pétain et valide la décision prise de la contre-offensive alliée d’Août 1918.
En juillet 1940, Alice, qui a fui pendant la débâcle, meurt à Rouen et est inhumée au cimetière de Flixecourt dans le caveau familial. Le château blanc est occupé par les Allemands, le mobilier est endommagé. Après la guerre, l’immeuble est repris par la société Saint Frères qui le transforme en résidence destinée aux dirigeants ou cadres de l’entreprise.
En 1975, une grève éclate pour demander une prime de 600 francs par ouvrier. Les cadres sont enfermés à la cantine, les CRS sont envoyés à Flixecourt ainsi qu’un médiateur. Les réunions de concertation entre syndicats et direction ont eu lieu au château Blanc ou au château Rouge, près des usines.
Le château revendu en 1990 devient alors un foyer de vie pour personnes en situation de handicap psychique stabilisé. En 2005, le bâtiment est victime d’un incendie (combles et les étages supérieurs). L’ensemble est restauré et complété en 2007 par un bâtiment d’hébergement pour les résidents.

C’est en cette fin d’après-midi ensoleillée que nous finissons notre visite.
REMERCIEMENTS
M. Sébastien SIREAU, guide conférencier de la communauté Val de Nièvre & Somme.
La direction du centre ADAPEI de Flixecourt.
Les résidents de l’ADAPEI de Flixecourt.
BIBLIOGRAPHIE
J. Roux, « Moreaucourt » in La Picardie historique et monumentale, tome I, Amiens, Yvert et Tellier, Paris, A. Picard et fils, 1893-1899, p. 360 à 368 – gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France. Base Mérimée notice PA00116149 ancienne côte 80296-2-001 (réf https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/PA00116149).
AUTRES OUVRAGES SUR LE SUJET
- Gérard Cahon, 35 ans de recherches sur Moreaucourt, Les Amis de Moreaucourt, 2005.
- Aurélie Deaubonne, Le Prieuré de Moreaucourt 1146-1455, mémoire de maîtrise, Université de Picardie Jules Verne, 2002.
- Cécile Delannoy, Le Prieuré de Moreaucourt, étude d’un monastère fontevriste en Picardie (1455-1635), mémoire de maîtrise, Université de Picardie Jules Verne, 2002.
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