Ce samedi 7 avril 2018, rendez-vous avait été donné à Beauquesne, à l’Espace de vie Sociale non loin de l’église, pour un café offert par l’association avant d’aller visiter librement l’église Saint Jean-Baptiste de Beauquesne.
BEAUQUESNE ET SON HISTOIRE
Beauquesne, qui obtint une charte de commune en 1182, était sous Philippe Auguste siège de prévôté royale. Philippe d’Alsace, comte de Flandres, y fit construire de 1156-1168 un château qui fut au cœur des guerres opposant Charles le téméraire et Louis XI, puis au cœur des guerres de la Ligue en 1593. Ce château fut démantelé en 1793.
Le blason de la ville est « Parti au 1er d’or au chêne de sinople, au 2e mi-parti d’azur à la fleur de lys d’or », tel qu’il est visible sur l’un des vitraux de l’église.
Eglise Saint Jean-Baptiste
Nous avons découvert l’extraordinaire décor de cette église, reconstruite par décision des habitants suite à un incendie en 1897. Une subvention municipale permit de démarrer les travaux d’une église en brique de style néo-roman, sous la direction de Monsieur Ricquier, architecte. Toutefois le clocher gothique du XIIe siècle à 4 étages fut conservé sans aucun passage entre l’église et le clocher.


Un banc recouvert de velours rouge a été attribué à la famille Bouthors, généreuse donatrice pour la reconstruction de l’Église. La nouvelle église a été bénie en novembre 1900 par l’évêque, qui fut alors reçu au château du Valvion, demeure de la famille Bouthors.

Le porche principal donne accès sur la rue. La mosaïque du tympan en briques de différentes couleurs fait parfaitement ressortir les voussures qui l’encadrent.




A l’intérieur, se remarque une sculpture sobre et expressive. Partout de la brique blanche d’un ton doux, mise en valeur par de minces lignes de briques rouges.

Au-dessus, la charpente complètement apparente est décorée par des tons de peinture d’une belle harmonie.



Les vitraux, remarquables, sont de M. Emile Ader, de l’atelier de Paris (1854-1931).









Le plus téméraires ont pu monter dans le clocher de l’église de Beauquesne.

LE MOULIN FANCHON, A CANDAS
Redescendus sans encombre, nous avons repris les véhicules pour nous rendre au moulin Fanchon à Candas (sans visite). Construit vers 1750, ce moulin-tour en briques a fonctionné jusqu’en 1923. Abandonné, devenu propriété communale, il a fait l’objet entre 2005 et 2008 d’une restauration et d’une remise en état de fonctionnement.


LE REPAS
Nous avons repris le route pour Fienvillers et avons été accueillis au restaurant de la « Petite Auberge de Fienvillers ».


LA CHOCOLATERIE DE MONDICOURT
Après un très bon repas, nous avons repris la route de Mondicourt pour visiter le musée de la chocolaterie Ibled (détruite en 2009). La responsable du musée nous a conté l’histoire: en 1824, Christophe Ibled, étudiant en pharmacie originaire de Mondicourt, avait mis au point une recette de chocolat vendu en pharmacie sous le nom « de chocolat digestif au sel de Vichy ».
Il fit construire plusieurs usines en Allemagne et à Mondicourt dans les années 1850, fit déplacer ses bureaux à Paris et y ouvrit une boutique au 4 de la rue du Temple. Il remporta diverses récompenses aux expositions universelles de 1855 et 1867. Son fils Henri Ibled modernisa l’entreprise et l’agrandit. Une fois devenu directeur de la société, Pierre Ibled lança le petit personnage de la marque Chocorêve, le « petit noir » dessiné par l’illustrateur Roland Venet.


En 1959, la marque a été rachetée par le chocolat Cardon de Cambrai. En 1974, la très connue marque anglaise Rowntree’s Mackintosh entra sans investir au capital de la société, qui ferma définitivement en 1977.
Le musée
Le musée Chocorêve, installé en 2010 dans le préau de l’ancienne école, fait revivre la saga de la chocolaterie à travers les objets et documents collectés par les membres de l’association « L’aventure Chocorêve ». Il présente des outils (spatules, couteaux, grattoirs…) fabriqués en interne pour la préparation du chocolat, ainsi que des balances, des caisses, des sacs dans lesquels transitaient les fèves de cacao. Une seule machine a pu être sauvée : une calibreuse à noisettes qui occupe le centre de la pièce où sont aussi exposés le brancard de l’infirmerie et des tenues d’ouvrières.



La publicité a permis à la chocolaterie Ibled de se développer et à la marque Chocorêve d’être reconnue : porte-clés, toupies, revolvers à flèche, briquets, jeux de cartes, boîtes sont des gadgets dont on retrouve quelques exemplaires en vitrine. Tout comme des albums de vignettes à collectionner et des cartes postales. Le service de publicité proposait même un échange d’images pour compléter sa collection en cédant les images en double.


Un phonographe estampillé « chocolat Ibled » est aussi présenté. Il était « réservé aux commerçants comme cadeau des challenges destinés à faire le plus de volume de ventes » indique Stéphane Gomes, créateur de l’association « L’aventure Chocorêve ».


A la fin de la visite, nous avons pris un café offert par le musée, que nous remercions pour l’autorisation de photographier les pièces exposées au musée.
LE VALVION
Un peu d’histoire
Nous nous sommes rendus à Beauquesne, rue Alexandre Bouthors, pour terminer notre journée de visite. Nous fûmes accueillis par Monsieur Deloraine Bouthors, qui nous précisa l’histoire de la ferme qu’il allait nous faire visiter.
C’est en 1784 que Pierre Bouthors, originaire du Quesnoy, près Puchevillers, prit à ferme le domaine du Valvion, alors propriété de l’abbaye de Saint-Jean d’Amiens. Il s’en porta acquéreur avec son gendre Jean-Louis Bouthors en 1792. Mais les bâtiments furent anéantis par le feu en 1794. Achille, petits fils de Jean Louis Bouthors, épousa en 1862 Mathilde Ibled, fille de Christophe Ibled, créateur d’une chocolaterie industrielle à Mondicourt.
Achille et Mathilde, qui eurent 17 enfants, s’installèrent au Valvion et décidèrent de créer une ferme moderne selon de nouveaux principes de rationalité et d’hygiène. L’ancienne ferme rasée, l’architecte Henri Antoine reconstruisit entièrement le Valvion. Toutes les activités agricoles furent regroupées dans un seul bâtiment en forme de fer à cheval qui abritait sur 3 niveaux granges, étables, écuries et diverses dépendances agricoles. Le bâtiment fut construit en briques épaulé par une suite de puissants contreforts.


Le bâtiment
Le niveau supérieur, auquel on accédait par un escalier intérieur, et qui comptait des granges utilisées pour le stockage des récoltes. Ces greniers étaient aérés par des ouvertures en façade. La charpente, qui offrait un vaste volume, est remarquable de par son ampleur et sa légèreté.


En quittant le rez-de-chaussée (accès par deux grandes portes) qui furent bergerie et poulailler, nous avons accédé avec notre guide au niveau inférieur entièrement voûté (accès par deux pentes douces aux extrémités du fer à cheval) qui présente des stalles ordonnées de part et d’autre d’une allée pavée bordée d’arcades pour les chevaux de trait, les chevaux de selle, les vaches et veaux dans des loges individuelles de profondeur variable selon que l’animal sortait tous les jours (chevaux) ou restait en stabulation (vaches). Durant l’hiver de la paille fraîche était chaque jour ajoutée. Des trappes permettaient d’alimenter les bêtes depuis l’étage où la nourriture était stockée. Au printemps, quand le bétail était sorti, on récupérait le fumier.
La température était constante pour le bétail, les courants d’air évités, la contagion limitée par les stalles individuelles. Cet immense bâtiment prévu pour une longue stabulation d’hiver ne convient plus à l’agriculture contemporaine.



Au milieu de la cour un abreuvoir recueillait l’eau de pluie provenant des toitures. Un bâtiment annexe contenait un manège de 4 chevaux qui assurait la force motrice de l’exploitation.

Fait face à ce bâtiment une demeure prestigieuse en brique et pierre datant des dernières années du second Empire. En 1872, l’architecte Le Breton vint dessiner un parc créé à partir du bois couvrant les pentes du vallon.

Le domaine à travers les conflits
Protégé par un repli de terrain boisé, le domaine du Valvion constituait un cadre idéal pour abriter un état-major. En juillet 1915, le général Sir Charles Monro y installa celui de la 3ème armée anglaise. En mars 1916, Sir Douglas Haig, Général en chef des Armées britanniques, y prépara la bataille de la Somme. Le 12 août 1916, il reçut le roi Georges V, le président Poincaré et les généraux Foch et Joffre, afin d’organiser l’union entre les armées alliées. La reine d’Angleterre vint au Valvion en juillet 1917 pour soutenir les troupes britanniques.
Ruiné par une attaque de chars le 20 mai 1940, le Valvion fut relevé en partie et reconstruit en 1951 par l’architecte Douillet. Le domaine entra par alliance dans la famille Deloraine (François Deloraine Bouthors). Restent d’origine le bâtiment en fer à cheval, le mur d’enceinte, la cave et la petite maison côté nord.
En 1993, la demeure a été séparée en deux propriétés. Le bâtiment agricole est utilisé actuellement pour le stockage des récoltes et le tri des pommes.
La visite s’acheva par la dégustation de jus de pommes produit au Valvion par les propriétaires, pour offrir une fin conviviale à une journée agréable et ensoleillée. Nous remercions M. Deloraine Bouthors.
BIBLIOGRAPHIE
L’église de Beauquesne :
- Article wikipedia sur l’église de Beauquesne.
- Archives départementales de la Somme pour le fonds de l’administration communale qui renseigne sur la reconstruction de l’église et du presbytère par Emile Ricquier.
- Supplément au journal paroissial du 7 décembre 1900 concernant la bénédiction solennelle de l’église de Beauquesne le 4 novembre 1900.
- Archives départementale de la Somme à Amiens
– Liasse 99 O 581 : fabrique paroissiale, reconstruction de l’église et du presbytère (devis, plans, etc.)
– Liasse 99 O 583 : couverture du clocher.
Le Valvion :
- Article de Philippe Seydoux in « Gentilhommières en Picardie », éditions de la Morande.
- Ecrits de Monsieur François Deloraine Bouthors sur sa propriété du Valvion
Le moulin Fanchon, à Candas :
REMERCIEMENTS
- A monsieur le Maire de Beauquesne.
- A monsieur l’archiviste diocésain pour son aide amicale aux archives départementales de la Somme à Amiens
- A monsieur François Deloraine Bouthors
- A madame Colette Piroue qui nous a ouvert son musée et permis de photographier
- A monsieur Stéphane Gomes, créateur de l’association « L’aventure Chocorêve »
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