Nous sommes accueillis par Mme Pombourg, Maire de Bus-les-Artois dans la salle communale. Les membres du bureau de l’Association nous remettent la brochure relative à la sortie, tout en partageant une collation.
Puis nous démarrons la visite extérieure du château avec M. Lannoy, propriétaire et nous poursuivons par la visite de la commune avec M. Lobel, historien notamment des deux guerres.
Le tout dans une ambiance conviviale.

La visite commence sous une légère pluie.
LE CHÂTEAU DE BUS LES ARTOIS
Il date des années 1830. Acheté par les Bouthors de Beauquesne en 1889, il fut occupé par l’État-Major du Général Castelnau en 1915 puis par le Général Haig en 1916.
On retrouve une photo du roi Georges V et du Général Haig, prise en 1916 sur le perron du Valvion à Beauquesne, et une photo identique prise sur le perron du château de Bus les Artois.
Plusieurs clichés ont été pris au château et dans le village situé à l’arrière du front pendant la première Guerre Mondiale : une photo du Général Néo-Zélandais Russel et des photos d’officiers faites à côté de la chapelle du château, des photos des troupes néo zélandaises au repos.

La Chapelle Notre-Dame des 7 Douleurs, située à côté du château, contenait 26 corps des familles Brunel et de Nampty, les anciens propriétaires. Ces corps ont été déplacés au XIXe siècle dans le cimetière communal de Bus les Artois.

Depuis 1998 le château est propriété de M. et Mme Lannoy qui l’habitent et le restaurent ainsi que ses dépendances et jardins.
La surface est de 250 m² par étage. La salle mesure 7 m x 11 m et le salon 7 m x 7 m. Des caves existent sous l’édifice. Il est actuellement chauffé au fioul et au bois.
La propriété comprenait 40 ha de terres et 30 ha de bois. Par la suite cela constitua des lots séparés.
Les jardins ont été utilisés pour installer un hôpital de campagne durant la Première Guerre Mondiale. Ils ont fait l’objet d’un classement et sont actuellement agrémentés de petites sculptures.


Le portail a été restauré et les grilles ne sont pas encore replacées.

La ferme attenante et les dépendances sont en cours de restauration : nous pouvons apercevoir une grange en cours d’aménagement, nous visitons les écuries avec leur plafond à voûtes en brique, puis la bergerie, et découvrons le pigeonnier hexagonal ainsi que la mare re-maçonnée et remise en eau. Les entrées des bâtiments sont constituées d’arcades en anse de panier et sur la cheminée en briques figure la date « 1811 ».

LE VILLAGE DE BUS
Nous quittons ensuite le château pour nous diriger vers le village et nous rendons plus particulièrement dans une grange qui servait de salle de cinéma pour les troupes britanniques au repos. On peut encore y voir le mur servant d’écran qui comporte une bordure noire et sur la porte en bois nous pouvons deviner l’inscription « Emergency Exit ».


Puis nous redescendons en direction du Monument aux Morts et des stèles érigées par les villes de Bradford, Leeds, dès 2006 et par Durham en 2018, en souvenir des « Pals Battalions » qui y ont séjourné. Ces stèles sont situées à proximité de l’ancien café du village.



Nous nous dirigeons ensuite vers l’église Saint Pierre. Au-dessus de l’entrée principale de la tour clocher, figurent les armoiries des familles Brunel et Durieux (XVIIe siècle).


A l’intérieur nous pouvons voir l’amorce de l’escalier qui monte au clocher. A la tribune sont suspendues 5 bannières de procession. Un chappier est exposé.




Le chevet est pour sa part éclairé par un puits de lumière, réalisé par un appendice en brique, vitré.

Les vitraux du XIXe siècle ont été restaurés pour la plupart.
Nous pouvons remarquer des grisailles provenant d’un atelier de vitraux de la fin du XIXe siècle à Mesnil Saint Firmin (Oise).
A l’extérieur, quelques graffitis témoignent du passage des troupes britanniques lors de la guerre de 1914.

REPAS À LA FERME AUBERGE DE SOUASTRE ET VISITE LIBRE DE L’ÉCOMUSÉE
Nous remercions Madame la Maire et Monsieur Lannoy ainsi que Monsieur Lobel, puis nous gagnons la ferme auberge de Souastre (62111) « Le gourmet champêtre », située au 14 rue de Bienvillers, pour le déjeuner. Le cadre est celui d’une étable restaurée.
Le repas se compose d’une aumônière garnie, fondue de légumes et poulet, puis de rôti de porc au cidre avec pomme de terre au four et céleri, enfin d’une crêpe aux pommes avec caramel au beurre salé. Nous avons pu apprécier une cuisine simple, bien présentée, préparée à partir de produits locaux pour la plupart. Les assiettes étaient bien garnies et les délais respectés.


Le soleil se montre enfin en ce début d’après-midi. Nous avons un peu de temps pour faire un petit tour à l’écomusée de la ferme. Nous y voyons les cochons, les chèvres, les dindons et les oies.

Une salle présente les outils du travail de la laine (cardeuse, bobineuse), dans une autre sont exposés différents modèles de cuisinières et d’appareils de chauffage, dans une autre encore la fabrication du vinaigre et du cidre est abordée.

Une salle présente aussi des objets de la Première Guerre Mondiale : casques Adrian, shrapnells, artisanat des tranchées avec les douilles d’obus.

Dans un hangar, deux tracteurs Vendeuvre sont également visibles avec des outils et du gros matériel agricole.
Le musée renferme tellement d’objets que nous aurions pu y rester plus longuement si nous n’avions été attendus à 15 h au château de Couin que son propriétaire, Monsieur Vinchant, nous fait visiter.
LE CHÂTEAU DE COUIN ET SON HISTOIRE
Sur le plan historique, il existait un château fort dès le XIe siècle. Le village situé près de l’Authie, s’est déplacé et a remonté vers le château au fil du temps, en raison des inondations et des guerres successives (états bourguignons, puis Pays Bas espagnols).
Au XVIe siècle, l’Authie servait de frontière entre le royaume de France et les Pays Bas Espagnols.
Une maison fortifiée a remplacé le château fort. Le mur d’enceinte rouges barres (alternance de brique et pierre) date du XVIIe siècle. La cour intérieure est rectangulaire.
En 1659, lors du traité des Pyrénées, Artois et Flandre ont été annexés au royaume de France. La paix instaurée a permis la reconstruction d’un certain nombre de châteaux selon les goûts de l’époque (châteaux de plaisance).
Le château de Couin date de 1748 (date au-dessus de la porte principale). Le Comte Philippe Albert de Landas de noblesse artésienne, fréquentait la cour. Son père a été ambassadeur de Louis XIV.


Le château est construit à côté de l’ancienne maison fortifiée par 180 ouvriers. A son achèvement, l’ancienne maison fortifiée a été détruite mais son pavillon d’angle datant de 1690 est resté et est devenu la maison du jardinier.
L’entrée de l’époque médiévale reste en place. Les grilles par contre sont du XVIIIe siècle.
En 1860, une usine à eau a été installée pour alimenter le château. L’eau courante n’est arrivée au château qu’en 2002.
L’architecte Adrien François Dhuez (2ème quart du XVIIIe siècle) aidé de son fils, sculpteur a conçu le plan d’une demeure sur quatre niveaux : cuisines, étage de réception, étage de chambres, puis au-dessus chambres du personnel et lieux de rangement. A l’arrière une deuxième rangée de tabatières existe dans les greniers.
Le château mesure 36 m de long sur 16 m de profondeur (soit 2 pièces dans la largeur). Il comporte 61 pièces pour une surface de 2100 m², 96 fenêtres extérieures, 210 portes intérieures, 31 cheminées (dont 29 fonctionnent).
Le chauffage nécessite environ 15000 litres de fioul et 18 stères de bois. 1300 m² sont chauffés en permanence.
Au-dessus des fenêtres, on peut voir des sculptures asymétriques représentant des coquilles.
Au centre, sur la façade avant, des sculptures représentent la famille qui accueille.
La décoration intérieure a été réalisée entre 1748 et 1755. (*1)
Le décès de l’architecte suivi de celui du propriétaire ont mis un coup d’arrêt aux aménagements.
L’épouse du Comte de Landas, née Isabelle d’Héricourt, a fait toutefois démonter puis remonter l’église du XVIe siècle, à l’identique, mais de manière à ce que celle-ci fût perpendiculaire au château, dans les années 1760. Elle mourut en 1778.
Son fils Charles Guislain de Landas fit pour sa part réaménager les écuries.
Les habitants de Couin défendant leur seigneur et la mémoire de sa mère lors de la Révolution, le château ne subit pas d’autres dommages que le martèlement des frontons triangulaires avant et arrière représentant les armoiries des Landas et Héricourt.
En 1823, à la suite du décès de la Comtesse puis du Comte Charles de Landas, le château, vendu, passa à la famille de Louvencourt (parents) qui ne l’habitèrent pas.
Un des fils, Louis Arthur, vint y vivre à partir de 1837 et entreprit quelques travaux. Jusqu’en 1914, 3 générations de Louvencourt se succèdèrent, apportant quelques aménagements (électricité, chauffage central, salles de bains, modernisation des cuisines).
Pendant la Première Guerre Mondiale, le château a servi d’hôpital de campagne et à partir de 1916, de quartier général pour l’armée anglaise.
Les écuries ont été réquisitionnées, des tentes et des baraquements furent installés sur les pelouses.
Puis, devenu résidence secondaire car la famille de Louvencourt habitait Paris, il ne bénéficia d’aucun travaux.
Lors de la Deuxième Guerre mondiale, il servit à nouveau d’ambulance.
En 1947, le château n’était plus habité. Les 520 ha de terres ne rapportaient plus assez pour assurer son entretien. Il servait à accueillir quelques colonies de vacances de paroisses ou des Houillères.
Au décès du Marquis de Louvencourt en 1959, puis de sa femme quelques années plus tard, l’héritage fut morcelé : château et parc avec quelques terres d’un coté et reste des terres de l’autre.
Le château finit par être vendu à un agent immobilier qui en fit une réserve de chasse.
En 1965 le château et son intérieur ont été placés sous la protection des Monuments Historiques.
Il a été racheté en 2002 par M. et Mme Vinchant qui le réhabilitent et poursuivent sa restauration.
Quelques particularités
La documentation relative au château depuis le XIe siècle, déposée à Paris puis aux Archives Départementales du Pas de Calais représente 70 m linéaires et permet de bien connaître les travaux réalisés et les armoiries qui y figuraient.
Le château est fait de briques avec une enveloppe de pierre. Les murs mesurent 80 cm d’épaisseur.
A l’origine les fenêtres étaient munies de contrevents (pliants) sur la façade exposée aux intempéries (Sud-Ouest). Ils ont été remplacés au XIXe siècle par des persiennes en bois, enlevées au fil du temps. Ailleurs les fenêtres sont munies de volets intérieurs.
Au XVIIIe siècle, les fenêtres comportaient des petits carreaux de 2 mm d’épaisseur, qui ont été remplacés par des grands carreaux.
Le soubassement est en brique recouvert par un enduit granité de plus de 100 ans.
Les fenêtres sont chevillées à l’ancienne. Celles à l’extrémité gauche, bouchées en 1840 avec de la brique recouverte de chaux, dissimulent un escalier de service.
Les pièces du bas (cuisines) ont une hauteur de 3 m.
Le château a servi de cadre pour le tournage d’un film en 2018 : « Je ne rêve que de vous » de Laurent Heynemann.
Nous sortons du château pour nous diriger vers les écuries décorées par Isnard (architecte amiénois). On pouvait loger 4 chevaux. Une pièce pour stocker l’alimentation des bêtes existe sur le côté, où les palefreniers dormaient. Le plafond est en stuc et comporte des motifs à base d’étriers. Un lustre était également accroché. Un relevé des moulures du plafond doit être réalisé prochainement en attendant une restauration.


LA CHAPELLE ET L’ÉGLISE DU VILLAGE
Nous nous dirigeons ensuite vers la chapelle privée qui communique avec l’église. La chapelle permettait aux seigneurs du château d’assister à la messe sans être vus des fidèles. Elle est d’ailleurs plus haute que le sol de l’église.

Dans l’église, l’autel blanc et les vitraux du chœur sont du XVIIIe siècle, ainsi que le confessionnal en bois et les bancs en bois. Le sol est en pierre noire de Tournai. Un fauteuil cannelé blanc date de la période Régence. La cloche est classée.

A l’issue de cette visite, nous prenons congé des propriétaires du château en les remerciant et nous nous dirigeons, en voiture, vers le cimetière du village où nous découvrons le tombeau de la famille de Louvencourt ainsi que la chapelle Saint Pierre située à la place de l’église primitive.


Puis en revenant vers la salle des fêtes, où Monsieur Lacroix, maire de Couin, nous attend, nous nous arrêtons devant le Mémorial aux animaux morts pendant les guerres, installé en 2004.


Nous terminons notre journée dans la salle communale autour d’une verre de jus de fruit et d’une dernière collation avant de repartir, après avoir remercié Monsieur le maire pour son accueil.

(*1 ) : M. et Mme Vinchant nous ont demandé de ne pas prendre de photos en intérieur. Ressentant notre intérêt pour le patrimoine, ils nous ont fait bénéficier d’une visite prolongée, détaillée et personnalisée.
REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier:
M. et Mme LANNOY, propriétaires du château de Bus-les-Artois.
Mme Pombourg, maire de Bus-les-Artois.
M. Lobel, historien local de Bus-les-Artois.
M. et Mme Choquet, propriétaires de la ferme auberge et de l’écomusée de Souastre.
M. et Mme Vinchant, propriétaires du château de Couin.
M. Lacroix, maire de Couin.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.