LE MATIN
Nous avions rendez-vous à 9h30 dans les locaux du Musée des Frères Caudron à RUE, jour du marché. Nous avons été accueillis par Madame Virginie DESMARET, agent du Patrimoine de l’Office du Tourisme et Emma notre guide pour la visite du Beffroi en matinée. Madame DELARUE, adjoint au Maire accompagnée de Madame DUCHEMIN, conseillère municipale nous a rejoint. Le Président et les membres du Conseil d’Administration ont accueilli les participants autour d’un accueil café.

17 participants à cette sortie avec une remise de revue de 20 pages à chacun. Vers 10h30 nous nous sommes dirigés accompagnés d’Emma vers le Beffroi. Elle nous a souhaité la bienvenue et nous a expliqué dans un premier temps l’histoire de la ville de Rue.
Le Beffroi est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre de « Beffrois de Belgique et de France » depuis 2005. Il est du XVe siècle (Néogothique) haut de 29 mètres avec un chemin de ronde. Ancienne prison, avec en son sommet 4 cloches dont Marie-Louise, la plus grosse pesant 1,4 tonne et qui sonne toutes les heures.
L’histoire de la ville de RUE
Il y a 2 000 ans Rue était entourée de la mer et du fleuve côtier la Maye (eau salé et eau douce). Il existait des zones sèches et des Ilôts où les Ruens et les Ruennes ont pu construire une cité. (Le nom des Ruens – Ruennes vient du mot ruisseau). Ces derniers construisirent, s’installèrent, cultivèrent. Ils élevaient des bœufs, des moutons pré-salés (la laine) et vendaient des draps. Les marais salants leur servaient pour la production de sel.
En 1101, un miracle se produisit. Une barque venant de Palestine s’échoua avec un crucifix en bois réputé être un des trois crucifix attribués à Nicodème.
L’accession aux libertés communales
Au XIIème siècle, la ville de Rue était un port de mer prospère. Pèlerins et commerçants affluaient dans la ville et la bourgeoisie s’affirma.
Diverses taxes et obligations étaient dues au Comte de Ponthieu. En 1184, le Comte Jean consentit à accorder la liberté communale à la population de Rue, moyennant la somme de 640 livres annuelles. Il leur accorda une charte qui fut confirmée par écrit en 1210 par son fils le Comte Guillaume de Ponthieu.
Les habitants de Rue devaient alors assurer l’administration de la cité ainsi que sa sécurité. Une tour fut édifiée en 1214 au centre de Rue.
Le beffroi était le lieu de réunion des échevins et du maïeur, il renfermait la prison échevinale et le chartrier (archivage des chartres et titres). Il abritait les soldats, les guetteurs pour la surveillance de la ville et de ses extérieurs proches et les sonneurs de trompes pour l’annonce des heures.

La charte communale
La charte de Rue était constituée de règles précises qui permettaient à la vie collective de se développer plus harmonieusement. La plupart de ces règles concernaient les sujets suivants :
- la délimitation du territoire de Rue,
- l’établissement des fortifications de la ville,
- la police rurale,
- les droits des habitants,
- les droits conservés par le comte de Ponthieu en termes d’impôts, de prélèvements et d’obligations.

Durant la guerre de Cent Ans (la bataille de Crécy en 1340) la ville fut prise pillée, brûlée. Les habitants revinrent pour la reconstruction d’une nouvelle cité à la fin du XVe siècle : construction d’une halle, d’un beffroi, d’une citadelle en pierres de calcaire (moellon) fin du XVe siècle, d’une cité plus grande avec 3 portes Bastion ou demi-lune pour en assurer la protection jusqu’en 1670. Pour entrer dans la ville, Il fallait acquitter auprès des gardes de la porte un droit de péage.
En 1670, les frontières du royaume de France furent repoussées jusqu’à Dunkerque. Sous Colbert fut entrepris le démantèlement des fortifications. Au XVIIe – XVIIIe siècles de nouvelles maisons sans colombages, plus grandes, furent construites avec des briques de la région comportant une toiture en ardoises, comprenant un commerce au rez-de-chaussée et un appartement au 1er étage. Début XIXe, construction d’une sucrerie et deux distilleries avec le début du chemin de fer, l’activité perdura jusqu’en 1980.
Le Beffroi
Au premier étage, la salle des échevins, lieu de réunion et de décision pour la défense de la cité, les finances (24 échevins et le maïeur). Ancienne salle du Conseil et salle de mariage décorée de toiles marouflées collées aux murs d’Alfred Siffait de Moncourt, peintre à Rue (1858-1931) représentant la Culture, l’Elevage, l’Industrie, les Affaires, la Charité, la Tourbe, le Marais et le Pâturage. Depuis 2018 elles ont fait l’objet d’une restauration de onze mois (14 femmes et 1 homme) pour un coût de 110 000 euros.

Histoire locale : en 1397, Dame Catherine (Ruenne) fut accusée de sorcellerie, elle avait mis par vengeance, lors de l’office, du jus de rue dans le vin du prêtre (homme intouchable) pour parvenir à s’en faire aimer pour toujours et le prêtre ne s’est pas bien senti. De ce fait, elle a été emprisonnée et bannie de la cité.


La salle des gardes était occupée par le premier garde qui disposait d’un lit, de nourriture et pouvait se chauffer près d’une cheminée.
Chemin de ronde : Le deuxième garde avait mission de donner l’alarme lors des invasions, des incendies, de l’ouverture et de la fermeture de la ville.





Le chemin de ronde : on y accède par un escalier de pierre, nous apercevons ainsi la toiture en ardoise et bénéficions d’une vue de 360° :
coté Ouest, la mer à 10 km (Quend, Fort Mahon), une ancienne ferme et son pigeonnier attestant de sa richesse, la maison de retraite, l’ancien bastion, le port de Rue. Le Musée des Frères Caudron, le Couvent, le château privé qui n’est pas ouvert au public (aucune subvention reçue), le lycée professionnel public et privé de style Flamand, qui forme le personnel de la maison de retraite (aide à la personne, à la préparation des plats cuisinés).

La visite a pris fin vers 11h30 et nous nous sommes dirigés vers le restaurant la Brasserie du Beffroi, située au cœur de la ville.
LE REPAS
Menu : kir cassis, assiette de saumon fumé, jambon grillé mariné au thym et miel, charlotte aux fruits rouges, vin, café, thé.



L’APRES MIDI
A partir de 14h30 Emma, notre guide, nous a accompagnés vers la chapelle du Saint Esprit.
La chapelle de l’hospice que nous ne pouvons visiter est du XIIe siècle. De style gothique, elle impressionne par sa magnifique voûte en carène de bateau renversé.
La Chapelle du Saint Esprit, l’art gothique flamboyant


Elle comporte trois travées, la voute est en pierre.
Dans la nef, Emma nous rappelle l’arrivée d’une barque portant un des 3 crucifix de Nicodème.
Les trois crucifix auraient été conservés chez un certain Grégoire à Jérusalem, jusqu’au temps de la première croisade en Terre Sainte. Ils ont été découverts par un croisé nommé Etienne. Ce dernier supplie Grégoire de lui remettre l’une des croix pour la ramener en sa ville de Lucques en Italie. Mais Grégoire décidé alors de placer les crucifix dans trois barques, mises aussitôt à la mer au port de Jaffa. Sans voiles, sans gouvernail et sans pilote, les embarcations naviguèrent et firent naufrage à trois lieux différents, en Italie à Lucques, en Normandie à Dives Sur Mer et à Rue.
L’histoire
Il existait à Rue une église Saint-Wulphy édifiée au XIIe siècle de style roman. La légende raconte qu’en 1101, un grand crucifix venant de Palestine échoua dans une barque sur le rivage de la ville de Rue, située alors sur le littoral. Les habitants de Rue gardèrent le crucifix dans une petite chapelle proche de l’église Saint-Wulphy. Mais les pèlerins furent si nombreux à venir admirer l’objet, qu’au XVe siècle une chapelle du Saint-Esprit fut construite contre l’église Saint-Wulphy.
De taille modeste à ses débuts, la chapelle du Saint-Esprit n’aura de cesse de s’agrandir et de s’embellir entre 1440 et 1525 avec le concours de riches donateurs comme le duc de Bourgogne, Philippe le Bon et le roi de France Louis XI. Grâce à eux, l’édifice est composé de trois parties :
La chapelle du XVe siècle, le portail du début du XVIe siècle et la Trésorerie du XVIe siècle (c’est là qu’était gardé le trésor de la chapelle : le crucifix).
La chapelle dispose d’un vestibule d’entrée, d’une nef aux voûtes magnifiquement ornées et de deux trésoreries remarquables par la finesse des sculptures en dentelle. Elle est l’un des plus beaux spécimens de l’art gothique flamboyant.
Elle fut construite entre 1440 et 1515.
Le décor de l’intérieur de la chapelle est typique du gothique flamboyant.
La chapelle du Saint-Esprit possède de remarquables voûtes élevées, décorées de nervures sculptées, ornées de clés pendantes sur lesquelles on distingue des personnages.
Le portail de la chapelle avec voussures décorées de scènes mutilées relate l’histoire du crucifix. Y figurent la statue du roi Louis XI, celle d’Isabelle du Portugal tous deux généreux donateurs et de Saint-Wulphy au centre.
Des toiles ont été marouflées dans les arcades représentant : l’arrivée du crucifix miraculeux à Rue, une représentation (anachronique) de Louis XI en pèlerinage à Rue, et la tentative infructueuse des Abbevillois de s’emparer du crucifix. Se trouvent aussi la main droite du Crucifix en bois ainsi qu’un bas relief représentant la barque à fond plat apportant le Crucifix en bois.






La chapelle fut malheureusement pillée et mutilée durant la Révolution, elle subit de nombreux vols et saccages mais le bâtiment fut préservé lors de la destruction de l’église Saint-Wulphy lors d’une violente tempête en février 1798.
En 1791, le trésor fut pillé et le crucifix brûlé, ce qui mit fin au pèlerinage encore très actif au XVIIIe siècle. Seul le bras droit échappa aux flammes. Après avoir été enterré par une aubergiste puis entreposé dans une petite chapelle, il retrouva sa place à l’intérieur de la chapelle du Saint-Esprit le 5 juin 1859, déposé dans un reliquaire.
La restauration de la chapelle commença en 1939 sous la direction de l’architecte François-Auguste Cheussey. Puis de 1859 à 1871, ce furent les frères Duthoit, sculpteurs spécialistes du Moyen-Age qui travaillèrent à la restauration de l’édifice.
A partir de 1996, une première phase de restauration concerna la statuaire et ce jusqu’en 2001.
Le Musée des frères Caudron
Après notre visite de la chapelle avec notre guide Emma, nous nous sommes dirigés vers le musée des Frères Caudron où nous attendait Madame Virginie DESMARET, agent du Patrimoine pour nous faire l’historique des Frères Caudron.


Elle nous a présenté les portraits des deux frères Caudron Gaston (moustache recourbée) et René (moustache près du nez).
Nés tous les deux à Favières à 4 kilomètres, ils ont vécu une partie de leur enfance à Rue car les parents ont déménagé à Ponthoile, à la ferme de Romiotte (culture du Safran).
En 1908, les deux frères voulurent construire quelque chose qui vole. Au Crotoy, ils observèrent les oiseaux, les disséquèrent pour voir les ailes.
Virginie nous a montré un biplan à l’entrée du musée (forme de chauve souris).
Les deux frères ont construit leur premier biplan en toile (60 m² de surface), bois, auquel devaient s’ajouter deux moteurs qu’ils ne reçurent pas, et en 1909 ils réussirent leur premier vol en faisant tirer l’appareil par leur jument Luciole.


Ils voulurent améliorer le modèle. Mais Gaston, papa d’une petite fille est plus prudent que son frère René, pilote d’essai.
Après le décès de leur maman, les deux frères achetèrent de la voile, du bois et un moteur de 25 cv ANZANI à hélice propulsive à l’arrière de l’appareil.
Le pilote (René) était assis sur le plan d’aile avec le manche à balai. La chaine cassa car le moteur était trop puissant par rapport à la chaine.
Par la suite, les deux frères changèrent la disposition de l’hélice tractrice qu’ils mirent à l’avant.
Ils s’aperçurent que leur hangar à Ponthoile était devenu trop petit. En 1910, ils cherchèrent un local disponible à Rue.
Ils voulaient à la fois vendre des avions et ouvrir une école de pilotage au Crotoy car la plage permettait de faire décoller et atterrir les avions. C’est le quartier de l’aviation, l’école de pilotage est réservée aux familles aisées (1000 francs Or équivalent à 3000 euros). Pour qui passait un brevet de pilotage et achetait un avion le remboursement du brevet était acquis.
50 ouvriers furent embauchés à cette école, apprentis, mécaniciens. Les frères Caudron voulaient atteindre des records de distance et vendre des avions Caudron à la Chine. En 1913, une livraison de 12 appareils Caudron en kit par bateau pour la Chine fut assurée (treize jours de voyage, assemblage des avions prenant à peine 1 heure effectué par 10 personnes missionnées.
En 1914, à l’école de pilotage du Crotoy, les deux frères décidèrent de mettre sur un G3 une nacelle pour que ce soit plus confortable (un pilote et un passager). Ce G3 en toile et de bois était muni d’un moteur de 80 CV pour une vitesse 100 km/h et atteindre une altitude de 4000 mètres.
Pendant la Première Guerre mondiale, en août 1914, l’usine de Rue, trop proche du front, subit les combats et Gaston décida de la fermer et d’implanter une usine à Bron près de Lyon. En septembre 1914, René en ouvrit une autre à Issy-les-Moulineaux. Il ouvrit une école de pilotage au Crotoy.
Un autre appareil bi-moteur, le G4 de chez Caudron, possédait une nacelle et de chaque côté un moteur.
Le pilote était placé à l’arrière et le passager mitrailleur à l’avant. C’était le début des munitions à bord : fléchettes en métal que Clément ADER préconisait de laisser tomber par 500 (pesant de 9 à 50 g, elles perçaient les casques des militaires).
Les frères Caudron étaient à l’écoute. Ils ont conçu le R4 et ils abandonnèrent la nacelle au profit d’un fuselage complet, du nez de l’avion à l’arrière, disposant de trois places : le pilote au milieu, l’observateur à l’avant et le mitrailleur à l’arrière.
Au cours du test à Bron le 12 décembre 1915 de ce trois places, une pièce se détacha en vol et les trois personnes dont Gaston décédèrent. René continua l’aventure avec 5000 avions à Issy-les-Moulineaux et Bron.
Entre les deux guerres, René n’eut plus de commande et Bron ferma. A Issy-les-Moulineaux, il fabriqua des remorques pour maintenir l’activité puis de l’aviation civile.
Voler est devenu un plaisir et en 1919, Jules Vedrines se posa sur le toit des Galeries Lafayette (20 m sur 8 m). L’appareil doit être démonté pour être récupéré. A côté du sommet du Mont Blanc (Dôme du Goûter) François Durafour se posa et redécolla. Adrienne BOLLAND, femme, convoyeuse d’avions franchit la cordillère des Andes le 1er avril 1921.
La première femme noire Américaine Bessie Coleman a obtenu la licence internationale de pilotage. Son rêve était d’apprendre à piloter car dans son pays ce n’était pas possible. Elle était issue d’un milieu modeste et a dû travailler pour payer son voyage en France. Une fois arrivée à l’école de pilotage de Paris, le directeur l’a refusée car un accident mortel avait eu lieu la veille avec une femme. Elle a été dirigée vers l’école du Crotoy chez Caudron où elle a réussi brillamment son brevet de pilotage en 1921. Elle partit se perfectionner dans les acrobaties en vol. En 1926 lors d’un vol d’entrainement elle rencontra un problème avec l’appareil. Bessie se fit éjecter de l’appareil, son parachute ne s’ouvrit pas malheureusement. Elle décéda à l’âge de 34 ans.
D’autres femmes pilotes, Maryse BASTIÉ, Hélène BOUCHER (la femme la plus rapide) furent formées à Rue.
René fit la connaissance de Marcel Riffard qui était ingénieur et aérodynamicien français dans les années 1930. Il était fasciné par les modèles de Marcel Riffard plus fins à cabine fermée. En 1932, il l’embaucha comme directeur technique.
En 1933, Issy-les-Moulineaux devint CAUDRON RENAULT et Louis Renault prit le contrôle de « Caudron Aéroplanes ».


Parmi les derniers appareils Caudron, on trouve :
- premier rafale,
- premier avion touriste de 6 personnes, tapissé, avec petits rideaux, chaises en osier Air France,
- trois avions légers de chasse volant à la vitesse de 560 km/h dont le Caudron Renault 760,
- dernier modèle C800 l’Epervier de 1939.
René Caudron fatigué, prit sa retraite, vendit ses parts à Renault et les ateliers d’Issy-les-Moulineaux, 10 300 avions, 9 000 pilotes. René n’a pas eu d’enfants et décéda à 75 ans le 27 septembre 1959 ; sa veuve légua la collection à la ville de Rue en 1961.
A l’issue de la visite du musée des Frères Caudron, pour ne pas déranger l’office d’un mariage (anglais), nous avons pris un rafraichissement avec les participants avant de faire une visite libre de l’église Saint-Wulphy.


REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier :
- Madame Virginie DESMARET, agent du Patrimoine de l’Office du Tourisme,
- Emma notre guide pour la visite du Beffroi,
- Madame DELARUE, adjoint au Maire,
- Madame DUCHEMIN, conseillère municipale.
Vous devez être connecté pour poster un commentaire.