UN PEU D’HISTOIRE
Après notre visite de Saint-Quentin de 2024 nous découvrîmes ce samedi 26 avril 2025, la capitale du Vermandois, un petit village sur les berges de l’Omignon. Pour faire revivre son passé nous profitâmes des connaissances de Madame Stéphanie Lemaire et de M Guillaume historien local.
L’accueil se fit à la médiathèque où Madame Lemaire – après le café d’accueil et la remise de la plaquette -, se livra , à une présentation du passé de Vermand et à une préparation à la visite du musée. Elle insista sur la richesse de l’histoire des lieux où la présence humaine est avérée depuis la préhistoire et qui fut avant la conquête romaine la capitale de la tribu gauloise des Viromandui (les » hommes aux petits chevaux « ).
Un millénaire avant J.-C., des Celtes venus d’Allemagne du Nord, de la presqu’île danoise et des côtes de la Mer du Nord occupèrent l’Europe. Des tribus transrhénanes associées sous le nom de Belges s’installèrent le long de la Somme, de l’Oise, de l’Aisne et prirent le nom de Galli, les Gaulois. Ces tribus mercenaires de Rome lui apportèrent la moissonneuse, le tonneau, la charcuterie et la cotte de maille…
En -57, devant la conspiration des tribus du nord de la France, César et ses légions attaquèrent. L’affrontement avec les guerriers Viromandui eut lieu sur les rives de la Selle, affluent de l’Escaut (cette bataille du Sabis marqua la défaite des Viromandui et la fin de la résistance organisée en Gaule Belgique). César occupa le pays et pense-t-on, l’oppidum de Vermand.
Vermand, où ne furent trouvées que des médailles du Bas-Empire, connut certes alors une importante population civile, logée en dehors du camp réservé aux troupes.
A la suite des incursions des Germains sous le règne de Valérien de 253 à 260, et de la grande invasion de 275 qui détruisit la ville, les Survivants y fixèrent leur administration civile, peut-être aussi religieuse. Suite à la propagation de la Foi chrétienne dans l’Empire romain avec son lot de martyrs, l’empereur Constantin donna la paix à l’Église par l’Édit de Milan en 313. Avant 342, date de la découverte du corps de Saint-Quentin, un évêché fut sans doute créé à Vermand.
Vers 407, les Vandales et les Goths détruisirent la région. Une population nouvelle commença probablement à la repeupler à la fin du Ve siècle avec le royaume franc de Soissons, puis aux VIe et VIIe siècles avec le royaume de Neustrie. Vers l’an 470, la ville de Vermand fut saccagée par les Huns, et Saint-Médard, évêque de Vermand, se retira dans le château de Noyon, castrum Noviomense ; dont les fortes murailles de construction romaine, le firent échapper aux fureurs barbares.
En 531 la ville de Vermand ne pouvant renaître, Noyon devint le siège de l’évêché. Vermand s’effaça alors devant l’Augusta Viromanduorum qui prit le nom de son martyr, Saint-Quentin.
En 687 à Tertry à dix kilomètres de Vermand, la victoire de Pépin de Herstal (royaume d’Austrasie, capitale Metz) sur la Neustrie, (capitale Paris et Soissons dirigée par Berchaire, maire du palais du roi mérovingien Thierry III), prépara l’avènement des Carolingiens.
En 881, une grande armée normande se répandit le long de la Somme. Vermand succomba.
En 1059, Herbert IV dernier comte de Vermandois légua de nombreux biens à l’église de Vermand. Des clercs y furent affectés. Vermand n’était plus alors qu’un petit village, sa population fut même peu importante jusqu’au milieu du XIe siècle et n’eut sa propre paroisse qu’en 1068.
Autour de l’an 1144, l’évêque de Noyon demanda à l’ordre des Prémontrés d’envoyer des moines à Vermand. La seigneurie était partagée principalement entre les comtes de Vermandois et l’évêque de Noyon. Depuis sa fondation en 1144 jusqu’en 1540, l’abbaye Prémontré de Vermand eut à sa tête des moines réguliers et resta toujours une communauté modeste d’une douzaine de moines.
Le Vermandois est arrivé à son apogée sous Raoul de Vermandois, qualifié Comte de Vermandois, de Valois, d’Amiens, de Crépy, seigneur de Péronne et Sénéchal de France sous Louis VI mort en 1152.
Le 2 novembre 1789 l’assemblée constituante décrèta » les biens du clergé … à la disposition de la Nation « . L’année 1790 marqua la fin de l’abbaye Notre-Dame de Vermand et le départ des religieux.
Le concordat de 1801 restaura le culte catholique : pour la première fois un prêtre séculier fut nommé.
LA PREMIERE GUERRE MONDIALE
Lors des premières actions, Vermand se trouvait dans le dispositif de défense. L’armée allemande déborda rapidement et fit de nombreuses victimes, ce furent aussi les premiers pillages. Les Allemands s’installèrent et cette occupation dura trente mois. Au nord est de Vermand, ils firent construire par des prisonniers et déportés la ligne Hindenburg pendant l’hiver 1916-1917. En conséquence, dès la fin de 1916, la population civile dut abandonner les lieux. Elle ne retrouva son village que deux ans plus tard, à l’état de ruine. Car les Allemands se replièrent à la mi-mars 1917 et le village fut pillé puis dynamité, brûlé, les arbres coupés (politique de » la terre brûlée « ).
En avril 1917, les armées britanniques reprirent Vermand. Au printemps 1918, le front fut enfoncé par l’offensive allemande. Il fallut attendre septembre pour qu’une contre-offensive repoussât définitivement l’armée allemande.
LA SECONDE GUERRE MONDIALE
A la suite de la déclaration de guerre à l’Allemagne (suite à l’invasion de la Pologne), les armées allemandes occupèrent la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la France. Dès le 17 mai 1940, les Vermandois furent contraints d’évacuer. L’ennemi – avec ses divisions blindées – , enfonça rapidement le front sur l’Aisne puis la Somme. Vermand fut occupée. Des figures locales s’engagèrent alors dans la résistance. Le 2 septembre 1944, Vermand fut libéré.
TOPONYMIE
Villecholles est un hameau de Vermand en allant vers Maissemy. L’origine de ce nom vient de la présence romaine sur le camp de Vermand : on retrouve dans les chartes Villecholia, Villa Solès, Villa Scholorum. Au XIIIe siècle, c’était un fief important avec pour seigneur Roger de Villecholles (1225), Raoul Moutarde, écuyer (1280). Une partie de la Seigneurie a longtemps appartenu au chapitre de Saint-Quentin, tandis que le reste appartenait à la paroisse de Maissemy.

LES MOULINS
A l’est du village près de la route de Saint-Quentin, subsistent les restes d’un moulin à vent encore en activité en 1840. A Vermand on pouvait compter par le passé sept moulins à vent (carte de Cassini) pour le blé et un pour l’huile. Et sur la rive droite de l’Omignon, il y avait également deux moulins à eau.
Un moulin à eau est attesté depuis le XIe siècle, c’est le moulin » banal » du comte de Vermandois. En 1131, il était exploité par une famille Vivien avant que le chapitre de Saint-Quentin ne le donnât à Goisbert, abbé de Vermand. Il resta la propriété de l’abbaye jusqu’à la Révolution Française.
Le moulin et le village furent détruits par les Allemands. Un meunier fit rebâtir le moulin, traita des aliments pour les animaux, et cessa ses activités dans les années 80. La friche rachetée grâce aux fonds européens fut réhabilitée en musée sur 5 niveaux (partie gauche) tandis que la partie droite devint centre culturel communal.




PRESENTATION DU MUSEE
Le Musée est une sorte de cabinet de curiosités avec des pièces inestimables comme ses verreries antiques du site de Marteville (dont l’extraordinaire vase aux oiseaux récemment restauré). Ces verreries font venir les scientifiques du monde entier On trouve des collections de fossiles du primaire au tertiaire, des productions humaines depuis les galets aménagés (chopper) jusqu’aux bifaces puis aux productions du Néolithique, où le polissage évitait à l’outil de pierre d’éclater au choc.
Figurent aussi des roues solaires (canton de Villecholles). Des fibules gauloises d’inspiration germanique. Un atelier paléolithique a fonctionné au IVe siècle mais aucun reste humain n’y a été découvert. Des bijoux sont maintenant exposés au MET de New York.








VISITE DU MUSEE
A la fin de la présentation nous quittons la médiathèque. Au musée nous passons par un espace » presse » qui expose des originaux comme » l’assiette au beurre » et du matériel de prises de vue.



Au premier étage : l’Art religieux, avec les trois grandes religions monothéistes (ornements sacerdotaux ou de lieu de culte, ciboires, scène de baptême) et en particulier la statue de Quintinus en bois polychrome du XVIe siècle.






Au deuxième étage : des uniformes de 1870 ainsi que des deux Guerres mondiales, archéologie de la Première Guerre mondiale (matériel médical, armes, artisanat des tranchées)…



Au troisième étage : uniformologie civile, administrative et militaire de différents pays. Le musée expose ainsi 220 mannequins.



Au sous-sol : vieux métiers et vieux outils. S’y trouvent des lessiveuses, poêle, barattes, un atelier de menuiserie, un de cardage de la laine… mais aussi un télex.








LE LAVOIR
Après le musée nous nous sommes rendus dans la rue des Fontaines, au lavoir communal du XVIIIe siècle, avec ses deux ponts romains en pierre.







LE REPAS
Nous nous sommes rendus à l’Auberge du Vermandois au 36 de la rue Nationale où nous attendaient après la soupe de Champagne la terrine du chef puis le Turbot beurre blanc et un tiramisu.






Garés face à la Mairie et ses épis de faîtage, nous retrouvâmes la médiathèque où Madame Lemaire nous parla de l’église et de l’oppidum.
L’EGLISE SAINTE-MARGUERITE
L’église, reconstruite en style Art Déco, a un clocher en béton orné d’une couronne d’épines sur ses faces. Les fonts baptismaux du XIIe siècle en pierre bleue de Tournai ornés de motifs sculptés d’animaux fantastiques, furent ré-installés en 1926 sont. Quatre colonnes supportent la cuve.
Les vitraux Art Déco présentent un belle clarté ; très colorés ils sont signés Paul Charavel.










L’OPPIDUM
Nous partîmes ensuite sur le chemin embaumé par l’aubépine en fleur. Le site servait aux habitants de défense contre les tribus rivales, il y a 2000 ans. La rivière Omignon et ses marais constituaient un rempart naturel complétés côté plaine par les fortifications de terre et un fossé.






En chemin nous vîmes les plaques apposées en mémoire de Pierre-Louis Gosseu, Pinguet de son vrai nom, (né à Saint-Quentin en 1793 et mort à Paris en 1871), infatigable polémiste, républicain qui publia de 1839 à 1843, dans plusieurs journaux de Saint-Quentin, des Lettres Picardes dans lesquelles il se faisait passer pour un paysan de Vermand venu en ville qui discutait des affaires du royaume de France de l’époque.



Revenus à la médiathèque pour le pot de l’amitié, nous retrouvâmes Madame Lemaire qui nous conseilla de passer par les étangs de Villecholles pour terminer cette belle journée.




REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier :
- Madame Lemaire et Monsieur Guillaume
- Le restaurant « L’Auberge du Vermandois ».
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