Le samedi 11 octobre 2025, par une journée fraîche et ensoleillée, nous nous rendons, en co-voiturage, dans l’Oise, à Saint-Martin-aux-Bois le matin et Saint-Rémy-en-l’Eau l’après-midi.
L’accueil café permet aux 19 inscrits de se retrouver autour d’une boisson et d’une viennoiserie, la mairie de Saint-Martin-aux-Bois nous ayant ouvert la salle des fêtes.
Madame Kristiane Lemé-Hébuterne, Présidente de l’Association « les amis de Saint-Martin-aux-bois » nous rejoint et nous emmène vers l’abbatiale pour y retrouver Monsieur Alain Bonte.
C’est à la fin du XIe siècle que les chanoines réguliers de Saint-Augustin fondèrent l’abbaye Saint-Martin de Ruricourt dite « aux Bois ». L’église abbatiale que nous visitons aujourd’hui fut construite entre 1245 et 1260.
Nous passons devant le Galata, ancienne hôtellerie des religieux accueillant les hôtes de passage qui ne pouvaient loger dans l’abbaye elle-même. Ce vaste bâtiment dont la construction a démarré vers 1260-1270 est devenu une propriété privée que nous n’avons pu visiter, en l’absence du propriétaire. Bien que datant du XIIe siècle, il a été modifié dans les siècles suivants, Guy de Baudreuil l’ayant aménagé pour en faire son logis abbatial.
En 1521, Guy de Baudreuil fit construire la sacristie située au sud du chœur. Il dirigea l’abbaye jusqu’en 1531.
Dès 1662, les chanoines envisagèrent de reconstruire les parties occidentales de l’église, probablement détruites depuis le 15e siècle, mais ils n’engagèrent finalement pas les travaux.
A la Révolution française et les années suivantes, les bâtiments de l’abbaye furent vendus comme biens nationaux, seule l’abbatiale fut conservée comme église paroissiale.
En 1840, l’église fut classée Monument Historique.
En 1869, commença la restauration, sous la direction de l’architecte Aymar Verdier qui effectua les réparations les plus urgentes.




L’église abbatiale est sobre et modeste, mais l’abside vitrée de Saint-Martin-aux-Bois demeure sans équivalent dans l’architecture du XIIIe siècle. La sobriété des volumes, la verticalité des lignes et sa modestie apparente en font un exemplaire unique et inaltéré du “gothique rayonnant austère“ d’une abbaye augustinienne de l’époque.
L’église actuelle mesure 25 mètres de hauteur sous voûte, 31 mètres de long et 18,45 mètres de large. A l’intérieur, on peut y admirer les baies vitrées, la chaire, les stalles, les statues de Vierge à l’Enfant, les peintures murales datant de la fin du XVe siècle, parmi tant d’autres choses.
L’importance de la surface vitrée explique la luminosité, puisque l’abside possède sept hautes baies vitrées (21,50 m) qui reposent sur un mur plein d’à peine trois mètres de haut.
La chaire est en bois polychrome et montre les « armes » de l’abbaye (« d’hermine à la fasce d’azur chargée de trois fleurs de lis d’or ») et un cœur percé d’une flèche, évoquant Saint Augustin, dont les chanoines suivaient la règle.
Dans le haut du bas-côté sud s’ouvre une porte majestueuse qui conduit à une chapelle (maintenant utilisée comme sacristie) et qui abrite une Lamentation (ou déploration) sur le Christ mort.






La porte de la chapelle est surmontée d’un fronton qui accueille la plus ancienne des trois statues d’une Vierge à l’Enfant. Elle date, d’après son style, des années 1325-1350 et a été classée à titre d’objet le 19 novembre 1908. En pierre calcaire, elle mesure 165 cm de hauteur. Des traces de polychromie sont très visibles : les cheveux de la Vierge sont dorés, les plis de la robe sont bleus, et des traces de jaune soulignent le voile.
Une deuxième statue de la Vierge à l’Enfant, plus petite – 80 cm de haut – , posée sur un socle accroché au mur (côté gauche) du chevet, peut être datée (d’après son style) des années 1360-1380. Elle est en pierre calcaire. Quelques boucles de cheveux sortent du voile, sous la couronne qui porte encore quelques cabochons de pâte de verre de couleur.
Une troisième Vierge à l’Enfant est située dans le bas-côté sud de l’église. Elle serait de la fin du XVIe siècle. Elle fait 120 cm de haut, est en pierre calcaire, mais contrairement aux deux autres statues plus anciennes, la Vierge porte l’Enfant sur le bras droit. Ses cheveux forment deux longues tresses, coiffure assez rare pour les Vierges à l’Enfant. Cette statue a subi de nombreuses dégradations.




Des peintures murales, dissimulées sous un retable, furent découvertes en août 2003. La présence du blason de la famille de Baudreuil permet de les dater de la toute fin du XVe siècle.
Des pierres tombales abritent les tombes de prieurs, de chanoines ou de simples frères enterrés dans l’église. Dans le bas-côté sud, une pierre tombale de Mathieu le Parmentier, décédé en 1503 et de son épouse Marie du Saulchoy, deux oblats qui ont donné l’ensemble de leurs biens à l’abbaye en échange du gîte et du couvert jusqu’à leur mort.



Les stalles ont été commandées par l’abbé Guy de Baudreuil en 1492, comme l’indique leur style gothique flamboyant.
L’ensemble de stalles de Saint-Martin-aux-Bois a pu être daté précisément, grâce à une analyse dendrochronologique, qui a établi que les derniers arbres avaient été abattus en 1498, et à un document d’archive qui précise que la pose était terminée au début de l’année 1501. Lors de cette pose, l’ensemble était disposé dans le haut de ce que nous appelons la nef. Lorsque l’église est devenue entièrement paroissiale, les bancs des fidèles ont occupé cet espace, et une partie des stalles a été transportée dans l’abside, où elles sont restées.
Les stalles hautes possèdent encore leurs hauts dossiers surmontés d’un baldaquin en arc de cercle. Les rangées sont terminées par les jouées hautes. Elles montrent des scènes et des personnages religieux. Les miséricordes et les appuie-mains sont sculptés de scènes de la vie quotidienne, de personnages, de monstres, d’animaux, mêlant éléments concrets et imaginaires, d’illustrations de proverbes ou de dictons : « Il est temps de fermer l’étable quand le cheval est perdu » ; « Tant vaut un homme riche entre deux avocats comme une poule entre deux renards ».







Après un repas convivial au restaurant de l’Abbaye de Saint-Martin-aux-Bois, nous reprenons la route vers le château de Saint-Rémy-en-l’Eau.
La propriétaire, Madame Monelle Hayot nous accueille chaleureusement et nous fait une présentation de l’histoire du château, avant de nous laisser libres de nous promener dans le parc, de visiter la chapelle, la maison de poupées ou encore l’orangerie.
En brique et pierre avec chapelle adjacente, le château fut construit, à la fin du XVIIIe, par Charles Claude Flahaut de La Billarderie, comte d’Angiviller né à Saint-Remy-en-l’Eau le 24 janvier 1730 et mort à Altona près de Hambourg le 11 décembre 1809.
Ami personnel de Louis XVI, il fut nommé directeur général des Bâtiments, Arts, Jardins et Manufactures du Roi le 24 août 1774, à l’avènement de ce dernier.
Les communs sont des XIVe et XVe siècles.
Tandis que la jeune noblesse court se battre pour l’Indépendance américaine, dans les jardins les temps ne sont plus à la symétrie voulue par Le Nôtre. On veut des vues, et les jardins irréguliers vont entraîner le promeneur des endroits boisés vers de vastes pelouses aux contours arrondis ouvrant par des percées sur l’infini de vastes prairies.
C’est l’époque où Benjamin Franklin est envoyé en ambassade en France pour gagner le roi à la cause de l’Indépendance américaine (1776). Il connaît bien Angiviller, l’honore de récompenses et lui offre des essences américaines, dont le Directeur des bâtiments fera profiter tous les domaines royaux et pas que… En 1784, il offre plusieurs tulipiers de Virginie, dont un bel exemplaire orne la pelouse du château de Saint-Rémy-en-l’Eau.
D’autres arbres remarquables marquent la vie de ce parc. Deux ifs quadricentenaires, dont l’un en solitaire force l’admiration.
Mais surtout, témoignage du XVIIe siècle où il avait été planté, serré et taillé, un admirable ensemble de tilleuls dont la voûte s’élève à 28 mètres de haut.





La merveilleuse histoire d’une maison de poupées pas comme les autres. Elle a été créée en 1967 par Radio Luxembourg à l’occasion d’une extraordinaire exposition du monde des jouets qui se tenait au Bourget.
C’est à la demande d’un grand collectionneur, aujourd’hui disparu, Jac Remise, que cette maison large de plus de 7 mètres et haute de près de 4 mètres, a vu le jour. Il a rassemblé plus de 1200 objets divers pour mettre en scène sa douzaine de poupées.
Elle a été ensuite présentée dans de nombreux lieux différents et prestigieux tels entre autres, le Jardin d’Acclimatation de Paris et le château de Sceaux. Au début des années 2000, après que l’on eut dû creuser le sol de 2 mètres, elle vint trouver sa place définitive au château de Saint-Rémy-en-l’Eau.
Nous visitons l’orangerie, les anciennes cuisines et notre journée se termine, toujours sous le soleil, par un pot de l’amitié pris devant le château, face au magnifique parc.









REMERCIEMENTS
Nous tenons à remercier :
- Madame Kristiane Lemé-Hébuterne, Présidente de l’Association « les amis de Saint-Martin-aux-bois » et Monsieur Alain Bonte,
- Monsieur Christian Hautecloche, Chef cuisinier du « restaurant de l’abbaye »,
- Monsieur Boris Gogny Goubert, Propriétaire du Château de Saint-Rémy-en-l’Eau et son épouse Madame Monelle Hayot.
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